Biographie de Aristide Bruant

Bien qu’associé à Paris dans l’imaginaire populaire, c’est à Courtenay (Loiret), que Louis Armand Aristide Bruand (avec un D) voit le jour le 6 mai 1851, au sein d’une famille bourgeoise. Mais ses parents connaissent des revers de fortune et sont réduits à tenter, sans grand succès, de se refaire à Paris : c’est en déclassé que le jeune homme doit aborder la vie active d’abord comme serrurier, puis comme employé d’une compagnie de chemins de fer. La vocation artistique du jeune homme, attiré par l’écriture et par le chant, le pousse cependant à voir plus loin : en 1873, il débute sur les planches dans divers cabarets de la région parisienne et se compose un costume de scène.

Il commence bientôt une carrière de chanteur et chansonnier, interprétant le plus souvent ses propres textes dans un registre souvent gouailleur, ses thèmes tournant autour de la vie populaire. En 1881, Aristide Bruant se produit au cabaret Le Chat Noir (à Pigalle). Le propriétaire déménageant, il reprend le local et le rebaptise Le Mirliton. Le soir de l’ouverture, il est cependant dépité de n’accueillir que… trois clients. Selon la légende, c’est la déception qui aurait alors poussé Aristide Bruant à improviser un florilège d’insultes envers ses trois malheureux clients : cette attitude va pourtant sauver son cabaret, car le style particulier du « chansonnier qui engueule ses spectateurs » va rapidement, grâce au bouche-à-oreille, attirer une foule de curieux, dont des mondains qui trouvent follement excitant de se faire insulter en langue populaire.

L'homme à l'écharpe rouge

Aristide Bruant devient l’une des personnalités les plus connues et folkloriques du spectacle parisien, sa renommée étant encore entretenue par les affiches qu’il commande à son ami Henri de Toulouse-Lautrec et qui rendent familiers à tous sa silhouette au manteau et chapeau noirs et à l’écharpe rouge : auteur et chanteur, il se distingue par son emploi de l’argot, langue populaire réinventée dont il se fait l’un des principaux diffuseurs. Avec des morceaux comme le célèbre « Nini peau d’chien », ou bien « Belleville-Ménilmontant », Aristide Bruant est l’un des interprètes-phares de la chanson réaliste française.

La renommée de l’artiste est telle que, dès les années 1890, il doit réaliser des tournées, en France ou à l’étranger : lors de ses déplacements, il est remplacé dans son cabaret par des doublures, qui interprètent ses chansons et monologues en imitant son style. Désormais riche et célèbre, mais ne reniant pas le milieu populaire – dont il accepte, avec une certaine ostentation, le titre de chansonnier quasi-officiel – Aristide Bruant se retire progressivement de la chanson, ses prestations sur scène devenant occasionnelles : vers 1895, il cède le Mirliton pour gérer un autre café-concert, l’Epoque et se consacre principalement à l’écriture, pour des ouvrages jouant souvent de sa connaissance du folklore populaire, comme Les Bas-fonds de Paris ou un dictionnaire d’argot.

Son image de symbole populaire, à laquelle il s’est mis à croire dur comme fer, le pousse même à se présenter aux élections législatives comme « Candidat du Peuple », sur un programme républicain, anticapitaliste et antisémite : si le succès n’est pas au rendez-vous, l’image d’Aristide Bruant n’en est pas pour autant écornée. Ayant quitté Paris vers 1905 pour vivre dans sa luxueuse propriété de Courtenay, il poursuit sa carrière d’écrivain tout en chantant encore de temps à autre.

En 1917, il a la douleur de perdre son fils, tué au front. En 1924, il sort une dernière fois de sa retraite pour un tour de chant. Le 11 février 1925, Aristide Bruant meurt à Paris ; avec lui disparaît l’un des grands témoins de la chanson française du XIXème Siècle. S'il n’est pas considéré comme un auteur majeur de la langue française, il a néanmoins tenu un très grand rôle dans le succès et la préservation d’une certaine image de la culture populaire. Sans oublier qu’il fut un très beau sujet d’affiche…

Dernière MAJ le 31/07/2015