Biographie de Plastic Bertrand

Plastic Bertrand, né sous le bien moins glamour patronyme de Roger Jouret, voit le jour le 24 février 1954, à Bruxelles. Musicien dès ses plus tendres années, il montera sa première formation (Bison Scout Band) à l’âge de neuf ans, chez les scouts, jouant des reprises des Rolling Stones. Quelques années plus tard, toujours batteur et chanteur, l’adolescent et une bande d’amis créent Les Pélicans (futurs Passing The Time) qui se produisent aux Pays-Bas et en Belgique. Parallèlement, Roger tâte du solfège à l’Académie de Musique et, après son bac et une année dans une école de graphisme, intègre le prestigieux Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles.

Peu assagi par les règles strictes de la rigide institution, Roget Jouret s’intéresse, avec ses amis, aux débuts du mouvement punk et new wave : le groupe Hubble Bubble naît d’une volonté de faire carrière dans la pop. Managé efficacement par Bernard Schol, le groupe sort un premier album punk en 1974, Hubble Bubble, dont les textes agressifs sont hurlés plus que chantés par le futur Plastic Bertrand – alors affublé du pseudonyme de Roger Junior – dont la voix haut perchée et nasillarde, s’accorde particulièrement avec le style du trio. Mais le décès dans un accident du bassiste Daniel Massart stoppe net l’aventure Hubble Bubble, d’autant que Roger Jouret, alors en contact avec le producteur Lou Deprijck, envisage une carrière solo. Bien que reformé par la suite avec de nouveaux musiciens, Hubble Bubble, privé de Massart et de Jouret, ne survit pas. 
 
La carrière solo de Jouret, rebaptisé Plastic Bertrand, débute deux ans plus tard. Et quel départ ! Le 45-tours « Ça plane pour moi » devient la chanson de l’année 1977 et se classe aux sommets des classements. Dans les pays francophones, bien sûr, mais également aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, dans les pays scandinaves, en Amérique du Sud, au Japon. Il sera, dans les années à venir, l’un des hits francophones les plus repris ou adaptés par des groupes anglo-saxons, d'abord par Elton Motello (« Jet Boy, Jet Girl » ), puis de Telex aux Presidents of the United States of America en passant par Sonic Youth. La rythmique sympathique et novatrice du morceau en fait aussitôt un hit trans-générationnel, plaisant aussi bien aux adolescents qu’à leurs parents, le débit vocal ultra rapide et la voix nasillarde du chanteur permettant de dissimuler à ces derniers que la chanson parle explicitement de sexe et de drogue. D’une certaine manière, « Ça plane pour moi » marque la fin d’une certaine idée de l’underground punk. Et, en dépit d’un titre de face B (« Pogo pogo ») très honorable dans le genre, Plastic Bertrand ne sera jamais réellement pris au sérieux par les punks eux-mêmes et gardera toujours une image de chanteur de variétés quelque peu opportuniste.
 
En attendant, Jouret multiplie les concerts, les tournées, les apparitions dans les médias et signe coup sur coup quatre albums au cours des années qui suivent (AN 1 en 1978, J’te Fais un Plan en 1979, L’Album en 1980 et Plastiquez vos Baffles en 1981), ainsi qu’un nombre important de 45-tours. Cependant, si certains des morceaux s’écoulent plus qu’honorablement, le futur hiatus dans la carrière de Jouret est d’ores et déjà soupçonnable par les observateurs attentifs : en dépit du succès de « Sha La La La Lee », « Bambino » ou « Le Petit tortillard », Plastic Bertrand reste Monsieur « Ça plane pour moi » aux yeux du public : le renouvellement de genre et de style ne semble pas vraiment au rendez-vous.

Qu’importe pour l’artiste, dont les futures années de vaches maigres sont lointaines, car, outre ses prestations scéniques et musicales, il est de plus en plus sollicité par la télévision pour animer des émissions, du jeu télévisé italien diffusé sur la RAI 2 (Due Per Tutti) aux émissions enfantines (Destination Noël sur Antenne 2, Supercool sur la RTBF...). Le style décontracté et facétieux de Plastic Bertrand plaît aux enfants et à leurs parents, qui voient dans ce gentil personnage loufoque un animateur sympathique pour les mercredis après-midi de leur progéniture. Plastic Bertrand : le premier punk approuvé par Familles de France. Après avoir un peu tâté du cinéma dans Légitime Violence de Serge Leroy, il devient en Italie (il habite alors Milan) la star d’une série de romans-photos à sa gloire. Détail amusant, en 1981, une chanson intitulée « Jacques Cousteau », qui se voulait un hommage au célèbre capitaine mais dont les paroles, plus qu’ambiguës (« Tous les poissons sont ses amis, les requins-baleines aussi... ») lui valent l’ire du commandant océanographe.

En 1983, Plastic Bertrand participe à l’aventure Abbacadabra, une comédie musicale à destination des enfants, reprenant les standards du groupe Abba en français (« Money, Money, Money » devient ainsi « Mon nez, mon nez, mon nez » et « Waterloo » devient « Gare au loup », etc.). Y interprétant le rôle de Pinocchio, il côtoie ainsi sur scène des artistes comme Daniel Balavoine ou Fabienne Thibeault, ainsi qu’une enfant choriste qui n’était pas encore devenue militante politique : Clémentine Autain. Toujours à destination des enfants, il interprète le générique d’Astérix et la surprise de César (1985). Choisi pour représenter le Luxembourg à l’Eurovision 1987, il se classe avant-dernier avec « Amour, amour », un morceau indigne de la pêche naturelle du chanteur.

Bien qu’il ne soit pas le premier (ni le dernier) artiste talentueux à ne pas avoir réussi à séduire le jury de l’Eurovision, cet échec coïncide avec le début d’une période loin de la scène. L’album Pix (1988) ne rencontre pas le succès escompté et l’artiste décide de prendre du champ avec sa carrière musicale. S’il compose de moins en moins pour lui-même, il n’en produit pas moins des albums pour les autres, dans des domaines fort différents de ses thèmes de prédilection, oscillant entre le classique, l’acid-jazz ou même les chœurs traditionnels balkaniques ! S’il s’amuse à composer un distrayant « Chantilly, c’est parti » pour le célèbre entarteur Belge, Noël Godin, son album Suite Diagonale (1994) est un échec.

Ce n’est qu’en 1998 que le public britannique l’élit « most-wanted come-back » (retour artistique le plus voulu) de l’année lors d’une émission télévisée. Surfant (ou, plutôt, planant) sur cet adoubement public, Plastic Bertrand en profite pour sortir un album de ses titres remixés, qui s’écoule très honorablement dans toute l’Europe. Pour Plastic, c’est le signe d’un nouveau départ, car le chanteur, quasi-quinquagénaire à toujours autant de pêche à revendre. Les concerts se multiplient dans toute l’Europe et même si son incontournable « Ça plane pour moi » lui est toujours réclamé par le public à chaque passage sur scène, il continue à diversifier ses inspirations et ses compositions. Revenu dans le cœur du public par le biais de la télé-réalité, il se prête deux fois à l’exercice : une première en acceptant de prendre la direction de la promotion 2002 de la Star Academy belge et une seconde en 2005 pour la deuxième édition de La Ferme Célébrités française.
 
En homme d’affaires avisé, il profite de ces périodes de regain de médiatisation pour sortir compilations et remixes de ses succès dans les bacs, s’associant parfois à de grands DJ new-yorkais ou des musiciens de la scène electro pour l’accompagner sur scène dans ses concerts. S’il se prête encore au jeu du cinéma (Casablanca Driver de Maurice Barthélemy, Le Bénévole de Jean-Pierre Mocky...) ou de la télévision (Voulez vous Dîner avec Moi ?, Hit Story...), c’est sur scène et en studio qu’il organise le renouvellement de son patrimoine musical avec des albums comme Ultra Terrestre en 2002 ou Dandy Bandit, en 2008, pour lequel Plastic Bertrand s’est composé un look très inspiré par Didier Wampas.

En 2005, naît une rumeur persistante, un temps colportée par Lou Deprijck et reprise en France par L’Echo des Savanes, qui insinue que Plastic Bertrand n’était pas l’interprète de « Ça plane pour moi » (et se contentait de chanter en play-back sur la voix d’un autre). La justice belge donne tout de même raison au chanteur, reconnaissant qu’il est bien l’interprète du titre. Parallèlement, Coca-Cola utilise le tube pour servir de fond sonore à son immense campagne de publicité sur le continent asiatique, ce qui lui ouvre les portes de l’Empire du Milieu et des pays voisins. Cette opportunité est saisie pour sortir une version remixée de Hubble Bubble au Japon dans la catégorie « musique trash ».

En 2007, Plastic Bertrand est anobli en 2005 et fait Chevalier de la Couronne. Il prépare son autobiographie après qu’un documentaire sur lui (Plastic Bertrand court toujours d’Olivier Monssens) a été diffusé sur la RTBF. Artiste décalé, incarnant d’une certaine façon l’époque du glissement du punk à la new wave et la dissolution de ces deux genres dans une variété festive et semi-parodique, Plastic Bertrand a toujours oscillé entre le délire authentiquement fun et une variété un peu facile. Mais il n’en a pas moins perpétuellement gardé une pêche et une vigueur que beaucoup peuvent lui envier.  

Dernière MAJ le 06/10/2015