Biographie de Yves Simon

Fils de cheminot, Yves Simon voit le jour en Haute-Marne le 3 mai 1945. Son père cheminot est bientôt muté dans le département des Vosges et c'est à Contrexéville qu'il passe ses jeunes années, même s'il arrive fréquemment à son géniteur de l'emmener avec lui dans ses déplacements professionnels. S'intéressant à la guitare et à l'accordéon très jeune, il se pique aussi de littérature et monte un premier groupe de rock'n'roll, Les Korrigans, en 1960. S'inspirant des Beatles, Les Korrigans se produisent dans quelques salles de l'Est de la France mais ne connaissent pas de postérité car, une fois leur bac en poche, les musiciens du groupe se séparent pour entamer leurs études supérieures.

Inscrit au Conservatoire de théâtre de Nancy, Yves Simon connaît la vie de bohème de l'étudiant des trentes glorieuses, partagée en cours à la fac, fêtes estudiantines et volontés artistiques. Pendant cette période, il compose quelques chansons, joue de la guitare et écrit quelques textes avant de monter à la capitale pour poursuivre ses études à l'IDHEC, l'une des plus prestigieuses écoles de cinéma.,mais s'inscrit également dans un cursus littéraire dont il sort diplômé en 1965. Ne se sentant pas la vocation pour rejoindre l'Education nationale et un peu refroidi par ses expériences dans le milieu du cinéma, il se décide à opter pour une carrière dans la chanson.

Participant au radio-crochet, Le jeu de la chance en 1965, il décroche quelques auditions auprès de maisons de disques et enregistre deux disques, « Ne t'en fais pas petite fille » (en 1967) et « La planète endormie » (en 1969) qui, selon la formule consacrée, ne rencontrent pas leur public. Inspiré par Brel, Brassens et Le Forestier, Yves Simon continue cependant à écrire des textes qu'il affine de plus en plus au point que son style personnel commence à se démarquer de celui de ses prestigieux prédécesseurs. Un temps, il compose pour les chanteuses en devenir Annabel Buffet et Claudie Chauvet mais, las, les deux artistes ne parviennent pas à percer. Quant à ses propres morceaux comme « Des glaçons dans son dos » ou « Aime-moi, aime-moi » , ils restent obstinément confidentiels. Ces premiers échecs professionnels le poussent à quitter quelques années la France pour visiter l'Europe de l'Est, la Turquie et les Etats-Unis, afin de faire le point sur sa carrière.C'est lors de ces voyages qu'il entame la rédaction de son premier roman, Les jours en couleurs qui est édité en 1971. Succès en librairie, il est bientôt suivi par L'homme arc-en-ciel. Désormais auteur reconnu, Yves Simon intègre la rédaction du magazine Actuel et anime une émission littéraire sur Europe 1. N'ayant cependant pas renoncé à une carrière de chanteur, il tente à nouveau sa chance en 1972 avec Les Gauloises Bleues. Le nom d'Yves Simon étant désormais connu, le public fait un bon accueil au disque qui se taille un honnête succès dans les hit-parades de son temps. La vraie consécration vient lorsque l'équipe de tournée de Georges Brassens propose à l'écrivain-chanteur d'assurer la première partie du moustachu gouailleur, ce que Simon accepte tout de go, ravi de pouvoir enfin rencontrer celui qu'il admire tant.

Yves Simon devient toutefois difficile à cerner car, pendant presque cinq ans, il alterne entre les disques à succès (Au Pays des Merveilles de Juliet, Respirer, Chanter, Raconte Toi...) et les romans populaires (Bagdad-sur-Seine , Transit Express ), ce qui le rend assez difficile à classifier. Est-il un chanteur qui écrit ou un écrivain qui chante. Lui même n'en sait trop rien et continue ses deux carrières parallèles sans trop se poser de questions. Ses tours de chants lui permettent de cotoyer Maxime Le Forestier ou Philippe Chatel, mais surtout de développer son propre style avec le titre « J'ai rêvé de New York » où il chante sur le même rythme rapide et parlé que les musiciens noirs du ghetto qu'il a pu voir au c?ur de Big Apple... ce n'est techniquement pas encore du rap, mais, en 1974, c'est probablement ce qui s'en rapproche le plus sur la scène française. L'album Macadam, en 1976, est d'ailleurs un disque, à l'ambiance plutôt noire annonçant les crises urbaines à venir.

En dépit de ses succès dans les charts, Yves Simon commence à trouver que le rythme que lui imposent les sessions d'enregistrement et les tournées écorne le temps qu'il aimerait consacrer à sa carrière d'écrivain. En 1977, après les albums Un Autre Désir, Concert à Tokyo et l'écriture de la bande originale des films de Diane Kurys, Diabolo Menthe et Cocktail Molotov, il prend donc une pause dans ses activités de chanteur. S'il participe en 1979 à l'album Emilie Jolie de Philippe Chatel (le morceau « La chanson du petit caillou »), ses activités principales de la fin des années 1970 consistent à voyager et à prendre des monceaux de notes en vue de sa production littéraire à venir. L'Amour dans l'âme, son quatrième roman est le premier de ses livres à être traduit en japonais et, Simon, qui bénéficie d'une petite notoriété au pays du soleil levant va assurer sa promotion à Tokyo en chantant à l'occasion de l'anniversaire d'Hiroshima.

Une Vie Comme ça en 1981 et surtout USA/USSR en 1983 contenant le titre « Amazoniaque » le voient revenir dans le monde de la chanson, inspiré, cette fois, par les musiques des îles. Une nouvelle musique en adéquation avec le thème de son cinquième roman, Océans qui sort en librairie quasiment en même temps que l'album. Deux ans plus tard, L'Autre Côté du Monde, toujours d'inspiration exotique, se retrouve dans les bacs alors qu'en parallèle, Tard dans la nuit ! trône sur les rayons des libraires. Désormais habitués aux doubles succès, Yves Simon connaît à nouveau un doublé gagnant en 1988 avec d'une part l'album Liaisons et le roman Le voyageur magnifique qui reçoit au passage le prix des libraires. S'il continue sa double carrière, il abandonne cependant la scène, les tournées et galas se montrant extrêmement chronophage pour ses activités de littérateur.

Avec le début de la décennie 1990 vient la consécration définitive : si La dérive des sentiments reçoit le prix Médicis en 1991, son ?uvre se voit compilée dans un coffret de dix CD embrassant très largement toute sa carrière musicale. L'année suivante, répondant à nouveau aux sollicitations de la cinéaste Diane Kurys, il compose la bande originale de son film Après l'amour avant de prendre du champ avec sa carrière de musicien pour ne se consacrer qu'à la littérature. Sorties de nuit, Le prochain amour, Ruée vers l'infini ou Paravents de pluie ! sont autant d'ouvrages qui viennent s'ajouter à une production littéraire déjà prolifique.

Ce n'est qu'en 1999 que le dilettante de la chanson revient en studio pour un projet qu'il qualifie lui même de « rap biblique », l'album Intempestives qui voit l'artiste renouer - de manière incongrue il est vrai - avec le phrasé hip-hop qu'il avait déjà adopté sur « J'ai rêvé de New York » vingt-cinq ans plus tôt. Violons et guitares s'accordent autour de la voix de Simon qui a, pour l'occasion, trempé sa plume dans l'indignation et la défense des grandes causes. En dépit du succès, Yves Simon ne court pas pour autant après un come-back fracassant et frénétique. C'est l'envie qui a motivé l'écriture de l'album, non le désir de reconnaissance ou la peur d'être oublié par le public. D'ailleurs, le fait est qu'il ne compose absolument rien pendant plus d'une décennie, se contentant d'écrire encore et encore : La voix des hommes, La manufacture des rêves, Les Eternelles ou La ruée vers l'infini connaissent des succès variables en librairie mais enrichissent l'?uvre d'Yves Simon qui compte désormais près de trente ouvrages à son actif. 

En 2007, alors que sortent simultanément un nouveau roman (ou Je voudrais tant revenir) et un essai (Epreuve d'artiste, dictionnaire intime), Simon revient également dans les bacs avec Rumeurs, son douzième album original enregistré en studio. Pas de grandes causes à défendre, pas d'indignation trépignante, juste treize chansons parlant essentiellement d'amour et de nostalgie. Nouvel opus dans la carrière d'un musicien qui aime prendre le temps de la création.

Dernière MAJ le 09/05/2018