Biographie de Olive & Moi

Ces dernières années ont vu une inflation de ces trentenaires (ou avoisinants) qui proposent des chansons modestes, qui sentent souvent l’encaustique et le plat mijoté. Une nostalgie certaine d’une enfance et d’une adolescence, souvent sise en province, dans des milieux sociaux favorisés juste ce qu’il faut. On y a écouté du rock, de la new wave, mais pas seulement. La maison recelait forcément quelques albums de cette chanson française de référence, qui de Barbara à Nougaro, de Ferré à Brel, montrait comment l’on peut tourner des mélodies autour d’une écriture savante, pour en faire des œuvres d’art populaires.

Olivier le puriste

Olivier Costes a comme tant d’autres connu ce destin, qui l’amène à embrasser le métier, au moment où il se porte mal, et aux environs de l’âge canonique, pour un débutant, de quarante ans. Les références qu’il cite sont un peu plus spécifiques : Boby Lapointe, le tricoteur de syllabes des fifties, auteur immémorial d’ « Avanie et framboise ». Serge Rezvani, que le destin a pour toujours associé à son interprète magique, Jeanne Moreau. Enfin The Cure, groupe emblématique pour les adolescents pas trop sportifs, un peu rêveurs et singuliers, mal à l’aise avec les soucis inhérents à la découverte des autres, et qui se réfugient alors dans les hymnes détricotés par Robert Smith et ses comparses, sous leurs oripeaux proto-gothiques.

Comme nombre de ses dorénavant confrères, Olive est passé par la case « groupe de rock ». Brièvement, certes. Le combo s’appelait The Pure (!), et on imagine avec quelle gravité le trio s’époumonait à essayer de recréer les ambiances griffues et le rock neurasthénique des olibrius de Crowley. The Pure ne fera qu’un concert, plutôt raté. Enregistrera une vague démo, financée par un coiffeur local qui les convie en outre à accompagner de leur musique malhabile des défilés de mode confidentiels. Mais à force de s’amuser à imiter ces chansons à la guitare acoustique, pour meubler les longues soirées de ceux qui refusent l’asservissement à la télévision, il fallait bien qu’un jour naissent sous ses doigts d’autres chansons, originales.

Slogans de banlieue

Olive est né à Paris, par hasard, et a grandi en périphérie, avant de se rapprocher de ses racines, qu’il sentait pousser à l’intérieur de lui avec vivacité. Il déménage à vingt-trois ans donc pour cet Aveyron indispensable à son épanouissement, après un détour par Nantes (les mauvaises langues y verront une tentative innée de se rapprocher géographiquement des terres qui ont alimenté Miossec et Dominique A, forcément artistes de références dans ce style « dépouillé / écrit »). Entre Toulouse, Rodez et Montpellier, Olive doit bien gagner sa vie. Il trouve son salut dans un rôle de « créatif », déjà ! Ça veut dire qu’il écrit des slogans publicitaires, pour les radios locales en mal d’annonces de supermarchés et de magasins de bricolage, qui sont à l’économie municipale les piliers qu’on sait.

La pub, petit à petit, le conduit vers un autre univers : la politique. Mais pour y exercer le même artisanat, un collègue ayant remarqué que ce « créatif » là était décidément adroit avec les mots, lui suggère de frotter son aptitude au slogan à des territoires qui en mangent à tous les repas. De Mr Bricolo au candidat aux cantonales, c’est finalement le même médium : des spots radios, des affiches 4x3 mètres pour décorer les zones périurbaines. C’est finalement le métier de cet homme, mais à travailler le mot comme un artisan, on ressent forcément l’impérieux besoin d’écrire pour soi. Olive commence donc à écrire des chansons, qui sont autant de messages.

Homme studio

L’amour est un bon carburant, et il prend cette habitude d’enregistrer, s’aidant d’une technologie minimale (guitare en bois, clavier Bontempi pour enfant, un ordinateur de bureau pour faire office de table de mixage, deux ou trois effets d’arrangements bancals) ces chansons qu’une fois en forme, il enregistre une cassette, et glisse sous enveloppe timbrée. Cette habitude ne le quittera pas (on ne sait pas si la technique a porté ses fruits avec l’être aimé, mais Olive a aujourd’hui une vie de famille, merci). Il réutilise cette technique épistolaire pour d’autres aventures, cette fois musicales : il fonde ainsi un duo, Olive & Kicking, avec une lointaine Américaine (l’Internet a remplacé la Poste et simplifié les échanges), puis collabore avec la chanteuse (Bénédicte Boulier) d’un groupe Lyonnais (Liz De Lux, qui collaborent à l’album Fais-Moi Une Passe).

La simplicité des échanges en milieu virtuel fait qu’un beau jour, des chansonnettes tombent dans l’oreille du label tôt ou tard, le lieu où la rencontre devait se faire, puisque la maison abrite déjà Delerm, Fersen, Da Silva et quelques autres qui cultivent cet esprit. Da Silva, qui a des aptitudes de réalisateur en sus de celles de créateur, prend en main le projet. D’une quarantaine d’ébauches de chansons, ils en finalisent une douzaine, et voici comment naît un nouvel espoir de la chanson française. Il ne lui reste plus qu’à confirmer.

Dernière MAJ le 31/07/2015