Biographie de Naast

La « Bad Boy attitude » ne se cultive pas qu’à grands coups de pantalons baggys, de casquettes de travers, de « t’as vu ? » et autres appels à procéder à des rapports sexuels hors-mariage avec la génitrice de son prochain. Sans remonter à la lointaine période des « Inc’oyables » et des « Me’veilleuses », ni même des zazous existentialistes des années 1950, le concept du blouson doré, moitié voyou, moitié dandy, issu des beaux quartiers et s’amusant à aller s’encanailler en bolossant du prolo le samedi soir n’est pas de ce siècle. La nouveauté, en revanche, c’est qu’à la violence physique s’est substituée une violence toute symbolique s’exprimant au travers des guitares saturées, du crachat des amplis et de l’autodestruction érigée en système de vie (le fameux No future). La première génération du punk français fut celle de ces gosses (de plus ou moins riches mais) rebelles, davantage habitués aux happy hours et aux rails de coke dans les toilettes du Gibus aux côtés de Patrick Eudeline et d’Alain Pacadis que celle qui lui succéda immédiatement dans les années 1980 (Parabellum, LSD, Les Vampires, Vatican...) et qui, elle, s’adressait ouvertement à un public issu de la jeunesse ouvrière.

Paul et Mickey

Naast, Les Parisians, Les Shades, Les Brats ou BB Brunes renouent clairement avec la toute première génération du punk-rock à la française, sans toutefois mettre en avant l’aspect auto-destructif de la démarche des premiers glam-punks. Et parmi ces groupes de « mauvais garçons malgré tout propres sur eux » autoproclamés, Naast fait peut-être partie des formations les plus destroy de la nouvelle scène française. Issu de Joinville-le-Pont, en banlieue parisienne (comme les Plastiscines), Naast est à l’origine un simple duo de post-lycéens, Gustave et Nicolas, qui évolue au fil des répétitions dans la cave du pavillon familial et des prestations chaque 21 juin à l’occasion de la Fête de la Musique.

Inspirés tant par les Ramones que par les White Stripes, les deux jeunes gens s’adjoignent très rapidement les services de deux supplétifs, Clod et Lucas afin de constituer un véritable groupe comprenant deux guitares, une basse et une batterie. Enfin constitué, Naast est prêt pour conquérir le monde. Enfin, Paris et sa proche banlieue, ce qui, dans un premier temps, n’est pas si mal. « Mauvais garçon » (2006), un titre bien choisi, lance la carrière du groupe mais crée la polémique dans la foulée.

Encensé par Philippe Manœuvre, rédacteur en chef de Rock & Folk et présenté comme le « vaccin à la Star Academy », le premier single de Naast fait grincer certaines dents autant que ricaner. N’est-il pas notoire de que le père de Gustave est précisément... un ancien collaborateur de la rédaction de Rock & Folk ? D’un côté, Rock & Folk, Les Inrockuptibles et Libération qui voient en Naast le renouveau de la scène rock française, et de l’autre, Télérama et Canal+ qui s’en payent une bonne tranche en pointant du doigt ce groupe de rebelles soutenus par papa-maman.

Un bon coup de fourchette

Reste qu’en dépit d’un comportement de bad boys et une imagerie punk, Naast souffre d’une certaine indigence au niveau musical car les compositions du groupe sont très loin d’avoir le niveau de leurs prétentions à incarner le renouveau du rock ‘n’ roll à la française. « Mauvais garçon » n’est pas un mauvais morceau en soi, mais il est loin de déployer l’énergie nécessaire au renouveau d’une scène rock mise à mal par quinze ans de fusion et de world music aseptisée. À l’heure d’internet, Naast ne laisse guère indifférent et les blogs de « pros » ou d’« antis » se multiplient pour soutenir, ou au contraire, dénoncer ce groupe de jeunes minets un peu trop propres sur eux pour être tout à fait honnêtes.

En 2005, le groupe est présent sur la compilation Passe Ton Bac D’abord qui regroupe un certain nombre de formations de cette nouvelle scène « française » (parisienne, serait plus exact) et part en concert à travers toute la France. Problème : le public qui vient voir leurs performances se scinde clairement en deux : ceux qui viennent applaudir le groupe... et ceux qui, porteurs de divers projectiles, viennent signifier à Naast leur désapprobation. À plusieurs reprises, le groupe est obligé d’interrompre le concert en cours pour se protéger physiquement des divers objets improbables venus de la fosse qui prennent les musiciens pour cible. Un comportement qui énerve suffisamment les membres du groupe pour qu’un accident ne vienne accréditer l’image de néo-punks de Naast. En 2007, lors d’un concert à Bègles, alors que Naast fait la promotion de son premier album Antichambre, Gustave Naast, excédé par les remontrances d’un moqueur, perd son sang-froid et plante sa fourchette dans l’œil d’icelui, ratant heureusement sa pupille de peu. Une tragique mésaventure qui, cependant, accentue l’image punkoïde du groupe ce qui, somme toute, n’est pas si négligeable lorsqu’on construit sa communication autour d’une image de méchants rebelles.

Gosses de riches capricieux ou véritables rockers sex, drugs and rock ‘n’ roll, Naast n’est peut-être condamné qu’à rester un groupe éphémère, fruit d’un effet de mode pour le revival punk. Ou peut-être pas. Reste que la facilité des textes et des compositions ne laisse pas présager un grand avenir si ces charmants bambins post-adolescents persistent à surfer sur un courant qui a le vent en poupe. Punk not dead ? L’histoire en jugera.
 

Dernière MAJ le 31/07/2015