Publié le 27/11/2016

Que fait Vincent Delerm quand il arrive dans un nouveau théâtre où il va donner un concert? Avant de répéter, il prend des photos de la salle. Des détails, un fauteuil, une fresque sur un mur… Un geste significatif d'un chanteur éclectique et ouvert qui ne s'enferme pas dans sa seule musique. C'est sans doute cela qui le place si haut dans le cœur des gens. Si proche, aussi. Au concert qu'il a donné au théâtre Montansier, à Versailles, le deuxième d'une large tournée qui débute, la communion avec le public était impressionnante, aussi bien durant ses anciens titres que durant ses nouveaux, extraits de son sixième album, intitulé À présent (Tôt ou tard). La mise en scène est soignée: un décor énigmatique accentué par un jeu de lumières élaboré et des textes projetés en toile de fond. Tout est bien conçu, tout semble simple. Vincent Delerm est au piano, accompagné par Rémy Galichet en arrière-plan. Avec son sens de la rupture, il alterne des moments très poignants, comme cette dernière lettre écrite par Leonard Cohen à son amour d'antan, Marianne, avec des moments plus futiles, piquants et drôles comme ce Tout le monde s'en fout.

Delerm est toujours aussi à l'aise en public. Il raconte avec beaucoup de tact ses chansons et va même jusqu'à proposer des «ateliers» au public qui s'en amuse. Formidable pianiste, il ne craint pas de se lancer dans d'intenses plages musicales où ses doigts enchantent le clavier et l'audience par des accords puissants et profonds. Quant aux mots - ceux de ses chansons ou ceux improvisés dans l'instant -, ils sont toujours justes, avec cette pointe d'humour estudiantin qui semble ne l'avoir pas quitté malgré ses 40 ans. Quelques bémols, toutefois: la projection de ses photos d'enfance lorsqu'il chante Le Garçon. Si le public est sous le charme, cela lui donne un côté cabot qui ne lui correspond pas. Enfin, dans un spectacle si intimiste, les techniciens de la régie lumière doivent se faire discrets pour ne pas rompre la magie. Mais rien qui ne sape le charisme impérial de Vincent dont émane ce curieux paradoxe: s'il parle beaucoup de lui, il demeure insaisissable. Là aussi réside son charme.

À Paris à la Cigale jusqu'au 30 novembre, Genève le 6 décembre, Limoges le 8, Saintes le 9, Anglet le 10, Bordeaux le 14, Toulouse le 15, à Six-Fours le 16, à La Ravoire le 17…

(c) Source : Le Figaro