Publié le 14/04/2016

Où est-il ? Que fait-il ? Que devient son album, dont la sortie a été plusieurs fois reportée ? Et sa tournée, la première depuis neuf ans ? Depuis qu'il a annoncé son retour, en décembre, Michel Polnareff est redevenu silencieux. Pour obtenir des réponses à toutes ces questions, qui ne manquent pas d'alimenter les rumeurs en France, nous l'avons retrouvé il y a une semaine à Los Angeles. A deux heures de route de Palm Springs, où il vit depuis vingt-deux ans, Polnareff y achevait sa première salve de répétitions avant son arrivée à Paris, prévue mardi prochain. Les ultimes répétitions avec décors auront lieu à Epernay, ville départ le 30 avril d'un tour de France de 44 dates qui l'emmènera jusqu'en décembre au Zénith de Nantes, avec quatre soirs à Bercy et, pour la première fois, des festivals d'été.Le disque comportera huit chansons et trois instrumentaux La tournée s'annonce pour l'heure moins triomphale qu'en 2007 : 140 000 billets ont certes été vendus, mais 50 000 concernent les festivals. Les quatre soirées à Bercy sont remplies à 70 % en configuration assise, une douzaine de dates sont en promotion, mais Gilbert Coullier, son producteur, assure qu'aucun concert n'a été annulé. « Le fait que l'album soit repoussé n'aide pas, reconnaît-il. Et Michel n'a pas donné d'interview télé. »> A LIRE. DANS LE RETRO. Polnareff, roi de la pop et de la provoc Polnareff ne paraît pas plus affecté que cela. « Ceux qui ne viendront pas s'en voudront toute leur vie », sourit-il. Le jour de notre rencontre, vendredi dernier, il est en forme et d'excellente humeur. A 71 ans, il s'est remis à la musculation et au régime. Et sa vie de famille est revenue au beau fixe. Sa compagne, Danyellah, 36 ans, et leur fils, Louka, sont plus que jamais à ses côtés. Et son groupe est fin prêt après trois semaines de répétitions. L'album, lui, ne l'est toujours pas. « Je dois encore travailler trois textes dont je ne suis pas content », nous assure Polnareff. Le disque comptera huit chansons et trois instrumentaux, qu'il a écrits de A à Z, dans l'esprit de l'album « Polnareff's » de 1971. Il y aura « l'Homme en rouge », sorti en décembre, et une nouvelle version d'« Ophélie Flagrant des lits », de 2007. Il a passé seize mois à enregistrer aux studios ICP à Bruxelles... « Les choses ont avancé, mais plusieurs événements se sont produits, justifie-t-il. Je me suis fait opérer d'une hernie, j'ai changé sept fois d'ingénieur du son et puis j'ai eu un blocage après l'Homme en rouge, comme une phobie d'acteur qui n'arrive pas à passer au rôle suivant. Mais j'espère vraiment sortir cet album avant la fin de l'année. » Sa maison de disques aussi. MIDI. A la salle de gym : les kilos, le sport... et RenaudAvant sa nouvelle tournée, Polnareff prend soin de sa forme : en un mois, avec une pratique quotidienne de la gym, il a déjà perdu 10 kg. On retrouve Polnareff en fin de matinée au Beverly Hills Hotel, mythique palace où s'écrit depuis un siècle la mythologie du cinéma et de la musique. L'Amiral, le surnom que lui donnent ses fans, le fréquente depuis quarante ans et y séjourne à chaque séance de répétitions à Los Angeles. Il nous attend dans la salle de sport en débardeur rouge et lunettes blanches, assis sur une machine de torture. « C'est une saloperie, sourit-il. Je me suis remis à la gym depuis un mois, une heure par jour, pour la tournée. Et j'ai perdu 10 kg. Quand je me suis vu sur les photos à Montluçon, lors de la PolnaExpo en juin, je ne me suis pas reconnu. Perdre des kilos, c'est encore une revanche sur mon enfance, où, tellement j'étais maigre, je devais batailler pour arriver à 50 kg. » Des oreilles aux mains en passant par ses gants, Polnareff est hyper connecté. « J'adore la technologie, dit-il. Tiens, d'ailleurs, c'est quoi votre drôle de caméra ? » Une médaille dorée autour de son cou nous intrigue : « C'est un bijou qui me protège des ondes magnétiques. » Mais pas des attaques... Ce matin-là, Polnareff — très sensible à ce qui se dit sur lui sur Internet — y a lu une interview belge où Renaud clame que « Polnareff n'intéresse plus grand monde ». « Je suis d'autant plus choqué par Renaud que lorsque nous étions tout deux aux studios ICP à Bruxelles, je l'ai mis en contact avec mes deux médecins, commente Polnareff. Il était en grand danger et ils lui ont pour ainsi dire sauvé la vie. Le jour de son départ, je suis allé l'embrasser, lui dire qu'il avait énormément de courage. Quelle déception ! »13 HEURES. «Il faut que je sois un héros pour Louka» Pause déjeuner à la cafétéria du palace. Polnareff se limite à une salade de thon et une omelette au saumon. « Je suis au régime, précise-t-il. Sans alcool, ce qui ne me fait ni chaud ni froid, mais aussi sans sucre, ce qui a été très éprouvant au début. » Danyellah et Louka le rejoignent. Ils s'embrassent, se prennent dans les bras, jouent ensemble... La complicité entre le petit garçon de 5 ans et demi et son « daddy » saute aux yeux.VIDEO. Michel Polnareff : «Je veux être un héros pour mon fils» Oublié le malheureux épisode du « Polnabébé » et la tristesse de Polnareff de découvrir que Louka n'était finalement pas son fils biologique. La petite famille a surmonté ce cataclysme humain puis médiatique. « Je suis le père de Louka, il est mon fils, résume Polnareff. Je l'adore, je l'élève et je veux qu'il ne connaisse jamais ce que j'ai connu enfant. C'est une période qui m'a beaucoup frappé dans tous les sens du terme. Etre père m'a beaucoup responsabilisé. Il faut que je sois un héros pour Louka. » « Michel est beaucoup plus patient qu'avant. Il voit la vie d'une autre manière, plus légère, confirme Danyellah. Mais bon, Michel n'est pas classique, on a une vie de famille pleine de rebondissements. C'est comme si j'avais deux enfants. Ils s'adorent. Louka veut faire comme daddy, avoir les cheveux longs, la chemise ouverte sur le torse... Je suis impatiente de voir sa réaction quand daddy va monter sur scène. Il va vouloir le rejoindre, c'est certain. Il connaît tout son DVD live de 2007 par coeur. »15 HEURES. «J'aimerais un autre enfant»Sur la route de Hollywood, Michel Polnareff se livre à quelques confidences. On quitte le Beverly Hills Hotel à 15 heures pour les studios de répétitions, où les musiciens l'attendent. Dans le luxueux 4 x 4 Cadillac avec chauffeur qui nous emmène vers Hollywood, on parle de « Spèrme », son autobiographie au titre volontairement provocateur, publiée fin mars, dans laquelle ce grand sensible solde ses souffrances d'enfant et d'homme. Même Danyellah avoue avoir été d'abord étonnée par ce titre. « Je lui ai dit qu'il ne pouvait pas, mais Michel ne fait rien pour plaire... Et ce titre résume parfaitement sa vision de la paternité. » Fabien Lecoeuvre, son « agent » et attaché de presse, nous précise que 34 000 exemplaires ont déjà été vendus. « J'ai écrit ce livre pendant deux ans pour Louka, poursuit Polnareff. Pour qu'il sache qui il est vraiment plutôt qu'en lisant les articles qui ont été écrits quand j'étais brouillé avec sa mère. » Après la naissance de Louka, il y a cinq ans et demi, le chanteur a découvert qu'il n'était pas le père biologique. « J'ai pardonné à Danyellah, dit-il aujourd'hui. Elle n'a pas triché, elle ne m'a pas trompé, elle a pris du sperme dans une banque de sperme. » Polnareff avoue d'ailleurs : « J'aimerais que Danyellah me donne une seconde chance, j'aimerais un autre enfant, un petit frère ou une petite soeur pour Louka. Je me demande si on est vraiment incompatible. » En aparté, Danyellah, 36 ans, ne ferme pas sa porte : « Pourquoi pas ? Ce serait bien pour Louka et j'adorerais avoir une fille... Mais laissons d'abord passer la tournée et le disque. »15 H 30. En répétition, il dirige, mais ne chante pasEntouré de sept musiciens et quatre choristes, l’Amiral travaille son retour depuis trois semaines dans les studios SIR de Hollywood. Et il en est sûr, son groupe, « c’est une machine de guerre ». Autre lieu, autre mythe. A Hollywood, les studios SIR, où Polnareff prépare sa tournée, ont hébergé la crème du rock planétaire : les Stones, Bowie, ZZ Top... Et Polnareff nous le promet en y entrant : « Vous allez vous régaler, mon groupe, c'est une machine de guerre. Encore mieux qu'en 2007. Et l'ambiance est épatante. » C'est l'avant-dernier jour de répétitions. Ses sept musiciens — qui ont joué avec James Brown, Phil Collins, Stevie Wonder... — et quatre choristes travaillent depuis trois semaines. De sa tournée de 2007, qui marquait son grand retour sur scène, restent Brad Cole, aux claviers et à la direction artistique, et Tony MacAlpine. « Mon guitariste préféré au monde, lâche Polnareff. Sur le Bal des Laze, il fait un solo de guitare d'une main tout en jouant de l'autre au piano une partition différente. Nous, on a deux cerveaux mais lui en a quatre. »VIDEO. Michel Polnareff répète sa tournée à Los Angeles Il y a beaucoup de Français dans l'équipe technique, mais seulement deux dans le groupe. « Pour moi qui viens du classique, c'est génial de travailler avec Michel, s'enthousiasme le percussionniste Nicolas Montazaud. C'est la première fois que quelqu'un est autant à l'écoute sur mes percussions. C'est un vrai musicien, ça change tout ! » « Au-delà du génie, Michel est un type étonnant, lunaire, cordial, pas du tout l'image lointaine que les gens se font de lui », sourit le choriste Olivier Constantin. Le groupe répète 25 titres pour la tournée, tous les tubes, des pépites comme « Rosy » et « Où est la Tosca » et deux nouveautés, « l'Homme en rouge » et le rock'n'roll « Sumi ». « Une histoire de geisha au Japon très amusante », précise Polnareff, qui veut faire un album « optimiste et gai, à l'inverse de l'Homme en rouge ». Assis au piano, il donne ses directives en anglais, avec précision et doigté. Il joue souvent, mais ne chante jamais. « Si je chante, je ne peux pas diriger, souligne-t-il. Je me concentre sur la musique. Je chanterai la veille de la première, pas avant. » A 19 heures, Polnareff clôt les quatre heures de séance par un pouce levé : « Beautiful job ». Tout le monde applaudit.21 HEURES. Au resto marocain, des confidences sur Stromae, Cetelem, « Podium 2 »... Polnareff nous emmène dîner à la Koutoubia, son restaurant marocain préféré, à Westwood, quartier dynamique de Los Angeles. Un resto simplissime, authentique. Le Franco-Marocain qui l'a créé en 1978 est en salle, sa mère en cuisine. C'est l'inverse du très chic et « m'as-tu-vu » Beverly Hills Hotel et ses chambres à 1 000 $. Tout Polnareff est dans cette dualité, à la fois compliqué et simple, diva et cool, ultramoderne et classique, sophistiqué et terrien... L'Amiral est en appétit. Il commande une salade et un poulet au citron. Il parle d'un dîner bruxellois avec Stromae — « Nous avons une grande admiration réciproque mais musicalement, je ne crois pas que nous soyons compatibles » —, de son procès en cours avec la société Cetelem — « J'ai téléphoné au comédien qui fait mon sosie dans la pub pour lui dire que je n'ai évidemment rien contre lui. Il est même bon ». On parle de sa maison à Palm Springs, station californienne prisée des stars. « J'y ai le meilleur piano du monde, mais je ne conserve rien du passé », confie-t-il. Il y a reçu récemment Michel Legrand et Mylène Farmer, avec qui il a failli travailler. Il est enthousiaste à l'idée de jouer son propre rôle dans le « Podium 2 » de Yann Moix. « Après mon album, j'ai aussi très envie de refaire des musiques de films, confie l'auteur de la Folie des grandeurs. C'est relativement facile pour moi qui aie une formation classique. » A 23 heures, dans la voiture qui le ramène à son hôtel, il adopte la méthode Coué : « C'est même mieux de ne pas sortir le disque maintenant ». « Pour mon deuxième Olympia, j'avais mis plein de nouveautés de Polnarevolution, qui venait de sortir, et tout le monde s'était emmerdé. Pour cette tournée, au moins, je chanterai surtout des titres connus. »

(c) Source : Le Parisien