Publié le 16/08/2015

Celle qui chantait sa « Première Surprise-partie » en 1963 fête aujourd'hui ses 70 ans, dont cinquante-trois sous les projecteurs. Qu'on soit fan ou pas, Sheila incarne tout un pan de notre histoire, des sixties triomphantes au « Top 50 » en passant par les années disco. L'ex-idole des yé-yé a passé l'été sur scène et a soif de nouveaux projets. Retour avec l'intéressée, souriante et en pleine forme, sur une vie bien remplie.Vous allez les fêter, ces 70 ans ?SHEILA. Pas plus qu'un autre anniversaire ! Ce sera en petit comité, avec des amis qui ne sont pas du show-biz. Pour moi, 70, c'est juste un chiffre. Je n'ai pas la sensation de les avoir. Je suis contente d'être en bonne santé et de faire encore beaucoup de choses. Je me dis : « Merci Seigneur, j'ai de la chance. »Vous trouvez que c'est passé vite ?Je n'ai pas l'impression d'avoir fait tout ce que j'ai fait. J'ai vécu trois vies en une. Tout a été en surmultiplié, aussi bien dans les joies que dans les douleurs. Mais je ne suis pas nostalgique. Je n'aime pas compter mes lauriers, ce qui m'intéresse ce sont les fleurs qu'il me restent à cueillir.Quelles sont vos envies ?Continuer à chanter et à faire de la scène. Je ne cherche plus absolument à enregistrer un disque, mais plutôt une collaboration, une idée, un projet qui va me faire grandir. Je suis plus sélective. La scène, en revanche, j'en ai vraiment envie. On a fait une dizaine de dates cet été, on reprend fin octobre, ça me fait du bien.Vous n'en avez pas marre de chanter vos anciens tubes ?C'est vrai que « Vous les copains », je la chante surtout pour faire plaisir aux gens... Si je ne faisais que ce dont j'ai envie, je me contenterais de mon dernier album ! Ce serait de l'égoïsme. Les gens viennent pour « les Rois mages » et « Spacer », qui ont bercé leur enfance, ils se foutent de mon dernier disque. Mais quand je fais « les Rois mages » en version salsa, je m'éclate. La version originale, elle me sort par les trous de nez.Vous avez vraiment vendu 85 millions de disques ?Oui, car j'ai eu la chance de faire une carrière internationale. Et puis, dans les années 1960, un disque d'or, c'était un million de copies. Aujourd'hui, c'est 50 000. J'ai vécu l'époque de l'explosion du disque, on ne pourrait plus faire des ventes comme ça. Quand on a démarré, il y avait une chaîne de télé et trois radios. Et pas de disques américains.Sur ces 85 millions, votre ancien producteur Claude Carrère, disparu l'an dernier, vous a laissé des miettes...Et même des épluchures ! (Rires.) Je ne touche rien sur ces chansons, qui appartiennent toutes au label Warner. Je touche des royalties sur les compilations, mais ce n'est rien comparé aux droits d'auteur ou d'édition, sur lesquels je n'ai pas un centime. C'était les contrats de l'époque, on a essuyé les plâtres.Vous avez eu plusieurs périodes : yé-yé, variété, disco... Quelle est votre préférée ?Les débuts bien sûr, mais celle qui m'a le plus remplie, c'est la fin des années 1970 et le début des années 1980, avec mon départ aux Etats- Unis, ma collaboration avec Nile Rodgers (NDLR : leader du groupe Chic) et Keith Olsen (producteur de Fleetwood Mac, Pat Benatar), puis ma rencontre avec Yves (Yves Martin, son producteur et compagnon actuel). C'est lui qui m'a écrit mes plus belles chansons, en tout cas les plus importantes pour moi.Vous avez travaillé avec Nile Rodgers trente ans avant Daft Punk (le duo électro français a fait appel à lui pour son tube « Get Lucky »). Fière ?Oui, j'étais sa première production européenne en 1979. Ce qui me touche, c'est de faire partie de son histoire. Dans tous ses concerts, il joue « Spacer ». Il ne m'a pas oubliée, je suis sa petite soeur.Quelle a été la période la plus heureuse de votre vie ?J'ai eu plein de moments heureux : lorsque je suis partie à New York, que je n'étais plus Sheila et que j'allais aux Bahamas enregistrer dans le même studio que Mick Jagger et Kool & The Gang. Le bonheur, ça peut être aussi se retrouver seule au cap de Bonne-Espérance et admirer la force de la Terre. Ce qui me comble, ce sont les rencontres. Et tout ce que je fais en dehors de la musique : je dessine, je peins, je crée des bracelets avec des amis mauriciens que je vends sur Internet (S-creations.com).Et la plus malheureuse ?Quand j'ai décidé d'arrêter de chanter en 1989, j'ai été confrontée à la solitude, au téléphone qui ne sonne plus. Mais le plus difficile, c'est quand j'ai réalisé la trahison de Carrère. C'est comme la trahison d'un père : celui qui est censé vous protéger n'a fait que vous exploiter. Et ne s'est jamais excusé de ce qu'il avait fait : la rumeur « Sheila est un homme » qu'il a entretenue, l'argent promis et jamais versé. Ça m'a profondément blessée : mon coeur de petite fille a été blessé. Et les blessures d'enfance, on ne les oublie pas.Sylvie Vartan va faire du théâtre à la rentrée : ça vous dirait ?Cela fait des années que j'essaie ! J'en ai très envie depuis longtemps, comme de participer à une comédie musicale, mais c'est compliqué à monter. Ce n'est peut-être pas le moment.La tournée « Age tendre », à laquelle vous avez participé deux fois, est en liquidation. Fini, la nostalgie des yé-yé ?Le problème, c'est que beaucoup d'idoles de l'époque ne sont plus là : on est des dinosaures ! C'est difficile de voir ces gens qui s'en vont. Avancer dans le temps, c'est s'approcher de la solitude. Il faut s'y préparer. La vie, c'est ça : vous perdez les gens que vous aimez... Tous ceux dont j'étais proche dans le métier, comme Cloclo, Dalida, Joe Dassin, Eric Charden, sont partis.Comment gardez-vous la pêche ?Je fais du sport, je m'entretiens, je fais attention à ce que je mange. Je n'ai jamais été dans les excès. Et je me lève le matin en me disant : « La vie, c'est extraordinaire. »VIDEO. Sheila se lache face aux lecteurs du Parisien (septembre 2012)VIDEO. Sheila : le mot «retraite» est banni de mon vocabulaire   > Venez débattre et poser vos questions sur nos forums !

(c) Source : Le Parisien