Publié le 22/05/2016

Il vient de repartir chez lui. A New York. C'est là que CharlElie Couture s'est installé depuis près de quinze ans, tout en gardant un pied à Paris. Français et désormais aussi américain. Une double culture que l'on entend dans « Lafayette », nouvel album enregistré en Louisiane dans une ambiance cajun. Rencontre avec un artiste de 60 ans, chanteur et peintre, en totale liberté.Pourquoi un tel album ?CHARLÉLIE COUTURE . Déjà à mes débuts, on me disait : « Avec un nom pareil, vous devez être un peu cajun, ou acadien » alors que je suis lorrain. Ou bien « T'as un peu la voix de Dr. John (NDLR : mythique musicien de La Nouvelle-Orléans). » C'est assez logique. Mais je voulais avoir la légitimité pour le faire.C'est-à-dire ? J'ai maintenant la double nationalité française et américaine, j'habite à New York. Je peux chanter en anglais, composer avec des suites d'accords très américains. Certes, je ne suis pas le rockeur new-yorkais typique, filiforme, qui s'habille en cuir et sniffe de la coke. Mais, avec ma naïveté provinciale, la Louisiane me va bien.D'où vous vient cette culture américaine ? De ma mère. Juste après la guerre, elle a enseigné le français en Alabama puis dans la banlieue de Chicago. Ensuite elle est revenue en France et a rencontré mon père. Mais elle m'a toujours parlé des Etats-Unis, de son rêve américain. Je lui ai souvent dit : « Mais pourquoi tu n'es pas restée là-bas pour épouser l'Indien dont tu étais amoureuse ? » Elle est morte l'an dernier et j'ai eu envie de lui rendre hommage à travers cet album. C'est un disque profond. La chanson « Un jour les anges », par exemple, a été commencée juste après l'attentat de « Charlie Hebdo » et finie après le 13 novembre.Comment avez-vous vécu cette année terrible à New York ? Quand je rentre en France, j'ai le sentiment que les gens ne s'aiment pas ici, qu'il n'y a plus de solidarité, que c'est chacun pour sa gueule, sur Facebook, sur Internet. Ça part en bagarre, en violence, comme on le voit actuellement dans les manifestations. On justifie la violence comme seul moyen de se faire entendre. C'est troublant.Content d'être à New York alors ? Aux Etats-Unis, on vit mal mais on s'y sent bien ; et en France, on vit bien mais on s'y sent mal. Quand je viens ici on me dit bonjour, je peux m'appuyer sur mon histoire. Mais je suis parti parce que, ici, on me ramenait toujours à la musique alors que je voulais m'exprimer dans les arts visuels. Je voulais aussi que mes filles étudient aux Etats-Unis. Aujourd'hui, Shaan (NDLR : 27 ans) réalise mes clips et vit à San Diego et Yamée (NDLR : 21 ans), comédienne, est revenue en France et joue dans le prochain Cédric Klapisch. New York, c'est stimulant mais c'est difficile, tout est cher. J'ai dû abandonner ma galerie parce que le propriétaire voulait doubler le loyer à la fin de mon bail.Vous allez voter dans les deux pays ? Oui. Aux Etats-Unis, j'étais à fond pour Bernie Sanders, un vrai démocrate qui a su parler franchement du destin des Noirs, des écarts entre les hyper riches et la classe moyenne. Hillary Clinton, elle est comme les autres mais ce sera le vote de la raison face à Donald Trump, qui tient des propos d'alcoolique. Et pour la France, je garde mon vote secret.VIDEO. CharlElie Couture live en mode Bayou au ParisienVIDEO. CharlElie Couture chante «Annie, ma tite amie» au Parisien

(c) Source : Le Parisien