Publié le 15/05/2016

Il n'a dormi que 3 heures, mais le rêve éveillé que Slimane est en train de vivre suffit à le rendre toujours aussi solaire. Au lendemain de son sacre dans «The Voice», l'artiste ultra-sensible nous a accordé sa première interview. L'ambiance est douce, aux antipodes du tourbillon du plateau de télévision où il l'a emporté devant quelques millions de téléspectateurs. Familier des télécrochets, après être passé par l'école des pianos-bar de nuit, l'artiste est aujourd'hui sur le devant de la scène. Et s'apprête à décrocher un contrat chez Mercury, le prestigieux label d'Universal (celui de Kendji Girac). Dès demain, il entre en studio pour enregistrer son single qui devrait sortir d'ici deux semaines. Confidences. Comment vous sentez-vous au lendemain de cette victoire ? Fatigué mais très heureux et très fier. Cela ne fait vraiment pas longtemps. Je n'ai pas trop eu le temps de réaliser. Tout s'enchaîne très vite, je suis encore dans la bulle de l'émission. Je réaliserai demain en studio ou après-demain avec mes proches. Cela fait un moment que vous vivez de la musique...  J'ai eu mon BAC à 18 ans, j'ai étudié la musique pendant 3 ans et après je n'ai fait que de la musique. Cela fait donc six ans. Bien-sûr, comme tous les gens qui font de la musique, j'ai fais des petits boulots à côté. Je chantais des reprises et des compositions dans un bar qui s'appelle L'Orphée à Pigalle, la nuit. Chanter devant des gens qui ne sont pas là pour t'écouter, c'est la meilleure des écoles. C'est là que j'ai tout appris. Je chantais devant un public qui n'était pas acquis et,  petit à petit, cela m'a permis de construire l'artiste que je suis même si je trouve que ce mot là fait chichi. Je suis juste quelqu'un qui chante ce qu'il ressent avant même d'être un artiste. Le terme artiste, on pense toujours à des gens différents alors que je suis comme tout le monde. Pour s'exprimer, des gens crient fort, d'autres se battent, dansent... Moi, je chante. Vous avez eu d'autres expériences à la télévision avant « The Voice... » J'avais 17 ans quand j'ai fait mon premier casting télévisé. Comme dans mon entourage personne ne faisait de la musique, c'était le seul moyen de rencontrer des personnes de ce milieu. Mais à cette époque, je n'étais pas à ma place car dans la vie il faut apprendre. Après quelques échecs, je me demandais où je pouvais apprendre et j'ai eu la chance de rencontrer des patrons qui m'ont donné ma chance. Mes anciens patrons n'avaient pas d'intérêt à m'embaucher, des chanteurs il y en a plein, et ils m'ont tendu la main. Pourquoi avez-vous accepté «The Voice» cette année ? Cette année, je me sentais prêt, j'avais moins peur de l'échec car j'en avais déjà eu plein. Pendant un moment, je me disais Si tu y retournes, les gens qui t'ont vu dans d'autres émissions vont se dire que tu veux être connu coûte que coûte, alors que ce qui m'anime, c'est vivre de ma musique et être compris. Et puis à force de faire mes armes, je n'ai plus eu peur. C'était le moment. Et ma vie a changé en une chanson, une soirée, un moment. Je n'ai pas compris ce qui se passait. Cela m'a permis de rester droit dans mes pompes. Je me suis demandé pourquoi maintenant ? Pourquoi les autres fois cela n'avait pas marché ? Mais il y a tellement de questions et peu de réponses que j'ai arrêté de me les poser. Cette nuit-là va rester longtemps dans ma tête. Plein de petites histoires ont fait la grande : des rencontres, la chanson de Vitaa que j'ai nourri en la chantant tous les soirs dans les bars.  Comment vit-on le fait d'être favori pendant tout le programme ? J'ai essayé de pas trop y penser. Je me disais les favoris, ils ne vont pas très loin et ne gagnentpas. Et puis, dans ce type d'émissions, je n'étais jamais allé très loin, j'avais peur de la scoumoune. Et puis, il y avait aussi d'autres talents incroyables, je ne me suis jamais dit c'est gagné d'avance. Vos parents étaient présents lors de la finale, votre famille vous suivi pendant toute l'émission. C'était important ? J'aurai toujours besoin de choses vraies et rien n'est plus vrai qu'un père et une mère. Dans la vraie vie, ce sont mes piliers, c'était logique que cela le soit aussi dans l'émission. Le soir de la finale, ils étaient très fiers. C'est la première fois que je vois mon père pleurer. Et je les aime encore plus car ils restent sereins. Cela me fait du bien. Quels sont vos projets ?  Demain, j'enregistre le premier single pour une sortie au maximum dans deux semaines, je veux que ce soit très rapide et le label me suit. C'est une volonté de ma part de remercier tous ceux qui m'ont soutenu depuis le début. Je ne vais pas vous faire beaucoup apprendre, mes chansons sont là. Je vais beaucoup travailler, très vite et vous les ramener. Dans peu de temps, je vais sortir mon album. J'écris depuis longtemps, mes chansons sont là, j'attendais juste que cette porte s'ouvre. Je vais pouvoir défendre mes chansons, c'est le plus beau des cadeaux. Quelle est la morale de tout ce parcours ? Le travail, le partage, la persévérance sont des valeurs que mes parents m'ont inculquées... S'il y a bien quelque chose dont je veux être le représentant, ce sont ces valeurs là. Le résultat, au delà de gagner The Voice, c'est que tu deviens heureux. Tu peux passer par plein de phases différentes dans la vie mais quand tu travailles, quand tu es ouvert aux autres et que tu lâches pas, il y a forcément un moment où tu seras au bon endroit et que tu diras, là je suis à ma place. Heureux car on comprend votre musique ? Encore plus heureux car on me comprend moi.

(c) Source : Le Parisien