Publié le 22/05/2016

Miossec est un cascadeur. Il en a fait une chanson dans son nouvel album, « Mammifères », qui sort vendredi prochain. « Comme un ancien cascadeur, comme un vieux champion/Il sait qu'il est désormais capable de survivre aux explosions », chante-t-il au détour d'un refrain. Ces derniers mois, la vie du chanteur breton a volé en éclats. A 51 ans, il a tout envoyé valser : sa femme, sa maison de disques, ses musiciens. « Je n'en reviens toujours pas, avoue-t-il. J'ai l'impression d'avoir sauté dans un bateau, en suivant mon instinct. » La vie après la mort. En mai 2015, l'un de ses amis, Rémy Kolpa Kopoul, DJ, animateur sur Radio Nova, est terrassé par une crise cardiaque. « Il est mort chez moi, à Brest. C'était un bon vivant, tout le temps dans la musique. Quand tu reçois un tel choc, il faut savoir l'utiliser. Je me suis dit que j'allais faire mon métier à plus de 100 %. » Deux jours après, il y avait un concert en hommage à Rémy à Paris. « C'est là que j'ai rencontré mes nouveaux musiciens dont ma compagne, Mirabelle, qui est violoniste. Quelques jours plus tard, on répétait pendant huit heures dans une cave. » C'est ainsi qu'est né « Mammifères », dixième album en vingt ans de carrière, comme un retour aux sources, une nouvelle urgence, pas loin de son premier disque dont on ne s'est jamais vraiment remis. En 1995, Miossec sort « Boire », chroniques d'un quotidien cabossé entre bières de trop et amour de pas assez. Un choc pour beaucoup. « Ça m'a encouragé. A l'époque, j'écrivais des chansons dans mon coin, raconte son ami le chanteur Cali. Quand son premier album est arrivé, je me suis dit : J'ai le droit, moi aussi. Il a été un fer de lance. » Une révélation... à 30 ans. « C'était une question de survie, il fallait que je sauve ma peau, je n'avais plus de thunes, j'étais retourné vivre chez mes parents », se souvient le Breton qui avait tout fait : enlever de l'amiante dans les fonds de cale à Brest, travailler sur des festivals en Bretagne comme technicien de Miles Davis, Clash ou Depeche Mode, peintre en bâtiment... « J'avais joué un peu de musique à 18 ans comme guitariste du groupe Printemps Noir. Mais je n'étais pas suffisamment doué. Jusqu'à 30 ans, j'avais mis la musique de côté. » Mais pas l'écriture. Miossec rédige alors les textes des bandes-annonces de TF 1, travaille sur l'élaboration de l'encyclopédie jeunesse chez Gallimard, enchaîne les piges de journaliste à « Ouest-France ». « J'écrivais un peu sur la musique, mais ce qui m'intéressait, c'était le social, les baraques à frites. J'ai grandi dans un milieu assez politisé, solidaire. Ma mère était couturière et bénévole chez Emmaüs, mon père plongeur sapeur-pompier, mon frère infirmier. Ça vient sans doute de là. » Le journaliste Miossec écrit beaucoup et bien. « Il était timide mais j'avais été frappé par son écriture qui était très parlante, un peu rock, se souvient Yvon Lechevestrier, chef de la locale de Ouest-France à Rennes à l'époque. Il aimait raconter des histoires. Je sens que ses paroles sont nourries de ce qu'il a pu voir sur le terrain. » L'intéressé confirme : « Ça m'a beaucoup aidé pour les premières chansons. » Enregistrées sur cassettes, elles sont envoyées comme des bouteilles à la mer. L'une arrive aux « Inrockuptibles ». « C'était juste une pochette photocopiée, se souvient Jean-Daniel Beauvallet, rédacteur en chef musique du magazine, qui a transmis l'enregistrement au futur label de Miossec. Ensuite, je l'ai contacté. Il était à la fois soulagé qu'on s'intéresse à lui et très méfiant, avec un côté provincial chiant, agressif, qui se foutait de ma gueule. Quand il est ému, il fait le con. » Un grand timide, devenu grande gueule après quelques bières pour faire bonne figure sur scène. « Le succès immédiat a été une énorme claque. Je voulais juste vivre de mes prestations dans les cafés de ma région. Et soudain je me retrouvais sur une scène parisienne mais avec l'esprit bordélique des bistrots finistériens. » Miossec ne boit plus à cause d'une maladie orpheline qui lui ronge le genou depuis cinq ans. Son chirurgien l'a averti : « Vous ne pouvez plus absorber une goutte d'alcool, même dans un dessert. Sinon, c'est la chaise roulante. » Il s'y tient. Et reste debout. Sobre et désormais installé. Notamment grâce à ses textes écrits pour les autres : Pagny, Gréco, Nolwenn Leroy et Johnny à qui il a offert notamment le magnifique « 20 Ans », chanson de l'année aux Victoires de la musique en 2014. « Miossec est la personne qu'il me faut, un écorché vif comme moi. Je n'ai pas besoin de parler avec lui », nous confiait Hallyday il y a quelque temps. « J'ai écrit deux chansons sur le dernier album de Johnny. Ecrire pour des chanteurs comme lui ça rapporte. Quand tu es auteur pour les autres, ton train de vie ne dépend plus du sort de ton propre disque. » Embourgeoisé, Miossec ? Pas vraiment, si l'on entend son nouvel album, qu'il défend sur le terrain. « Entre les attentats et la crise, l'état de la France est tellement catastrophique que j'avais envie de retourner dans des petits lieux, des petites villes, que l'on se tienne chaud. Depuis quelque temps, j'étais dans une certaine forme de confort. Aujourd'hui, je veux payer de ma personne. » Parole de cascadeur.VIDEO. Miossec chante « Le roi » en live au Parisien

(c) Source : Le Parisien