Publié le 26/01/2015

Source Figaroscope

La plus américaine des chanteuses françaises ou la plus française des Américaines? Véronique Sanson a été une des premières musiciennes d'expression francophone à assimiler avec autant de bonheur les influences anglo-saxonnes. Dès son premier Olympia, en 1974, la presse musicale saluait à quel point le séjour de la Parisienne en terre américaine avait transformé sa musique. Après deux albums réalisés sous la férule aussi bienveillante qu'exigeante de Michel Berger, compagnon, directeur artistique et frère d'armes, la belle avait pris la tangente. Tombée sous le charme de Stephen Stills, du supergroupe californien Crosby, Stills, Nash et parfois Young, elle s'était installée dès la fin de l'année 1972 dans le refuge de sa rock star de mari, au fin fond du Colorado.

Quarante ans plus tard, Véronique Sanson célèbre aujourd'hui cet exil à la fois personnel et musical de près d'une décennie. Un livre, signé Laurent Calut et Yann Morvan, spécialistes de l'œuvre de la chanteuse, permet de retrouver le parfum de ces Années américaines (Grasset). «Une période de ma vie qui a changé mon destin autant qu'elle a changé ma musique», explique Véronique Sanson elle-même dans la préface de l'ouvrage. Parallèlement, Warner, maison de disques de l'artiste depuis 1972, édite une compilation rassemblant le meilleur de sa production des années 1970. Autant le dire tout de suite: jamais Véronique Sanson n'a retrouvé le niveau d'excellence qu'elle avait atteint dans la poignée d'albums studio qu'elle a confectionnés outre-Atlantique: Le Maudit, Vancouver et Hollywood. C'est là qu'elle a écrit ses plus grands succès: Alia Soûza, On m'attend là-bas, Bernard's song, Ma révérence

Rock & soul

Véronique Sanson bénéficie non seulement du professionnalisme exacerbé des musiciens et ingénieurs des studios hollywoodiens mais puise aussi dans sa vie le sel de ses compositions. Mariée et mère de famille, elle mène une vie qui semble paradisiaque mais ne fait que renforcer son sentiment de solitude, doublé de la culpabilité qu'elle éprouve pour Michel Berger, qu'elle a laissé tomber sans explication. Le Maudit, peut-être sa plus grande chanson, est un portrait en creux de la jeune femme. «Ta douleur efface ta faute», chante-t-elle, peignant le portait d'un homme qui partage bon nombre de ses caractéristiques.

C'est aussi aux États-Unis qu'elle va avoir le loisir de teinter sa musique de couleurs nouvelles. Loin des ballades au piano qui avaient fait d'elle la plus grande auteur compositrice féminine depuis Barbara, Véronique Sanson habille ses chansons d'arrangement rock et soul du meilleur effet. Cordes, rythmique appuyée, une chanson comme Bernard's Song (Il n'est de nulle part) annonce le disco prêt à renverser le public européen.

En octobre 1974, à l'occasion de son premier Olympia en tête d'affiche, la jeune femme de vingt-cinq ans est accompagnée par Stephen Stills, qui tient la basse. Quelques semaines auparavant, le guitar-hero millionnaire sillonnait l'Amérique du Nord pour la première tournée de stades de l'histoire du rock. À une journaliste de Rolling Stone dépêchée pour l'occasion, Stills explique: «Je lui donnerai un coup de main quand je le pourrai, mais elle est suffisamment douée; je veux juste lui donner les outils et la laisser faire son chemin.» Cette fois, leur fils Chris assure la première partie.

Véronique Sanson,Olympia, 28, bd des Capucines (IXe). Tél.: 08 92 68 33 68. Du 3 au 7 et du 10 au 13 février à 20 h 30. Places: de 47 à 80 €.

(c) Source : Le Figaro