Publié le 12/04/2016

Sa tignasse n'a pas défrisé. Sa forme est olympique et sa voix tonique. Depuis cinquante ans qu'il fait partie du paysage musical francophone, Robert Charlebois n'en finit pas de séduire.

Même avec des chansons dont il n'est pas l'auteur. Sur la scène de Bobino, à Paris, il entame la première soirée de sa tournée européenne avec La Complainte du phoque en Alaska, œuvre du groupe québécois Beau Dommage. Et se fait désirer. Les projecteurs font découvrir quatre musiciens tandis que sa voix jaillit, mais pas lui.

Halo dans la salle: le chanteur est au milieu de ses fans. En dehors d'une importante délégation québécoise, les amis ont répondu présent. Cheveux en pagaille, Alain Souchon est tout ouïe. Il semble réjoui quand son ami de longue date explique les raisons qui le poussent à interpréter ce classique des années 1970. «Quand je ne le chante pas, on me demande à la fin du show pourquoi je ne l'ai pas chanté et quand je le chante, on me dit mais pourquoi tu chantes une chanson de Beau Dommage!» Alors pour satisfaire tout le monde, il lance: «What the phoque!»

Le ton est donné. Le spectacle peut commencer. Véritable boule d'énergie, Charlebois joue avec son micro autant qu'avec les mots et passe du piano à la guitare avec une aisance déconcertante. Accompagné de deux guitaristes, d'un contrebassiste et d'un batteur, il enchaîne les tubes: Je reviendrai à Montréal, Demain l'hiver, Conception, sans oublier de se déhancher sur les rimes en «on» de cette dernière, prouvant qu'à presque 72 ans, il est en très grande forme physique. Mais on n'aura pas droit à Lindberg, la chanson qui l'a révélé en 1968.

«Pas aussi beau qu'Alain Delon»

Et quand il promet une berceuse après trois morceaux enlevés, c'est pour mieux faire chauffer les guitares et repartir sur une pente encore plus rock. Le chanteur assure aussi les intermèdes avec beaucoup d'humour, avouant pourtant que sa femme lui a demandé «d'arrêter de faire de l'humour sur scène, car il y a assez de comiques en France». Ses aventures «guitaresques» restent cependant les plus drôles: «Eric Clapton, Fender lui donne 100.000 par an pour qu'il joue sur une Fender. Moi j'ai été approché par Gibson. Ils m'ont proposé 25.000... pour que je joue pas!» Or ce soir il joue et pas qu'un peu. Et le public l'aime comme un fou, criant «Québec» à son signal sur Les Ailes d'un ange.

Après deux rappels, Robert Charlebois parle de son expérience musicale avec son amie Barbara avant d'interpréter Le Piano noir, ce qui lui donne un prétexte pour saluer au cinquième rang Patrick Bruel «qui la connaît bien» et faire rire l'audience qui a tout de suite compris l'allusion. À quelques sièges de là, l'acteur de Plein soleil se voit aussi récompensé de sa présence par le Québécois qui a conscience de ne pas être «aussi beau qu'Alain Delon». Derrière, Messmer, l'hypnotiseur le plus rapide de l'Ouest, est fasciné et admiratif de son compatriote. Quant à Renaud, fort énervé à son arrivée par des paparazzi, il a félicité le chanteur à l'issue du concert, dont toutes les chansons «ont été composées au XXe siècle, sauf la dernière qui est du XXIe siècle», une manière de dire qu'il était là hier et qu'il sera encore là demain. Alors, oui, «what the phoque!»

Robert Charlebois part en tournée en France et en Suisse. Il sera de retour à Bobino le 12 décembre.

(c) Source : Le Figaro