Publié le 06/04/2016

Renaud, dont le nouvel album sort vendredi, a imposé à ses débuts une "langue unique", riche en argot et en verlan, qui semble s'être un peu assagie à l'écoute de sa nouvelle chanson, estime la linguiste Henriette Walter, auteure notamment du "Français dans tous les sens". QUESTION: Qu'est-ce qu'a apporté Renaud à la langue française?REPONSE: "Au début, avec notamment +Laisse béton+ (1977), c'était très nouveau, très jeune. +Laisse béton+ est une des rares évolutions du verlan qui soient entrées dans l'usage. Tout le monde aujourd'hui sait ce que signifie +laisse béton+ (laisse tomber). Avec sa langue unique, Renaud a su fixer l'attention. A l'écoute de la première chanson de son nouvel album, +Je suis debout+, on dirait que Renaud a voulu être plus général et moins révolutionnaire. Il n'y a pas de verlan, il y a un peu d'argot et pas du tout de formules grammaticales marquantes du genre +nous nous en allerons+ (qu'on entend dans la chanson +Dès que le vent soufflera+ (1983), ndlr). C'est aussi plus émouvant."Q: Avez-vous le sentiment que Renaud s'est assagi dans son langage?R: "Maintenant, c'est un autre homme que l'on voit. Du point de vue de la langue, on voit qu'il est prêt à dire des choses comme: +ils sont mal barrés+ ou des choses un peu argotiques comme +avoir la banane+ mais ça ne choque plus. Au départ, ses chansons étaient faites pour exciter la population, choquer le bourgeois. On a l'impression désormais qu'il veut montrer qu'il est de nouveau lui-même même s?il n'est plus tout à fait le même (rires)."Q: 40 ans après "Laisse béton", que reste-t-il du verlan chez les jeunes aujourd'hui?R: "Le verlan n'a plus la cote. Il a été très employé dans les années 1980-90 mais c'est devenu ringard. C'est la même chose pour les mots se terminant par +os+ comme +calmos+ ou +craignos+ : ça ne passe plus. En revanche, les emprunts aux langues étrangères ont davantage le vent en poupe. Il y a ainsi les terminaisons en +ave+ comme +se pachave+ (se coucher, ndlr) d'origine tzigane. Mais surtout, il y a les emprunts au créole ou l'arabe. Ainsi le mot "ouèche", qui signifie en arabe +qu'est-ce que ça veut dire?+, est très populaire. Les jeunes emploient ces mots même s'ils ne parlent pas arabe. Ce sont des expressions qui leur plaisent et voilà tout. Ce qui est intéressant à noter, c'est que lorsqu'une nouvelle forme de langage ne fonctionne pas, quand la communication n'arrive pas à passer, ça s'arrête. C'est un peu d'ailleurs ce qui est arrivé avec le verlan. C'était un peu compliqué, ça ne marchait pas trop bien, du coup ça marque le pas".

(c) Source : Le Parisien