Publié le 06/10/2016

«Je préfère écrire des chansons sur des vérités qui dérangent plutôt que sur des mensonges qui font sourire. Cette chanson, je la dédie à la connasse du Nouvel Obs». Avant d'entamer son morceau Hyper Cacher, dédiée aux victimes juives du terroriste Amedy Coulibaly, Renaud a tenu ces propos plutôt douteux, que la foule n'a pas immédiatement saisis. Il s'agissait en fait d'un message, à peine dissimulé, à la journaliste du Nouvel Obs Sophie Delassein. Celle-ci a tenu à lui répondre et à délivrer sa version des faits dans une virulente lettre ouverte, publiée par Le Plus de L'Obs.

Selon Sophie Delassein, l'origine du contentieux remonte à 2006. La journaliste, critique musicale, avait alors reproché au chanteur français d'avoir publié une croix gammée parmi d'autres dessins griffonnés. Elle aurait alors été «menacée d'être traînée en justice» par Renaud.

«Ah! Votre image! Comme si j'avais titillé une âme mal à l'aise avec un passé pesant, oppressant, honteux. Un passé qui, s'il ressurgissait publiquement ferait scandale et salirait cette belle image d'anarcho-mitterrandiste, d'humaniste de gauche, d'arbitre intransigeant entre le bien et le mal», écrit la journaliste dans sa lettre.

Une référence à un passage de l'autobiographie du chanteur Comme un enfant perdu, parue en mai dernier. Avec son frère Thierry, Renaud est alors traité de «fils de collabo». Il apprendra ensuite que son père a travaillé durant toute la guerre pour Radio-Paris, la radio de propagande allemande. «Fils et petit-fils de collabo, c'est lourd à porter, je veux bien le croire», affirme à ce sujet Sophie Delassein. «Ce passé vous appartient, à vous et à ceux de votre famille qui portent en titubant le nom Séchan.»

Mais le point de non-retour entre ces deux-là semble être atteint depuis longtemps. «Chaque fois qu'un de vos albums sortait, jusqu'au printemps dernier et la parution de Renaud, j'émettais le souhait de vous interviewer. Chaque fois vous refusiez. Il vous arrivait de m'insulter dans d'autres journaux, j'étais déjà celle qui avait l'audace inouïe de contester la qualité de vos chanson», poursuit Sophie Delassein.

«J'étais déjà et je reste donc ‘La connasse de L'Obs'. Celle qui ose vous demander ‘pourquoi cette croix gammée?', Celle qui pense qu'on ne peut pas à la fois vendre son intimité et fustiger les paparazzis qui vous shootent en mode clochard, le regard hagard. (...) Votre longue tournée va se poursuivre. Alors, plutôt que de me traiter tous les soirs de ‘connasse' devant une foule d'avance conquise, une foule éprise, je vous invite à venir me le dire en face que je suis une ‘connasse'. Bien en face, Renaud. Un peu de courage. Venez.» La réponse de l'interprète de Mistral Gagnant, très attendue, ne devrait pas tarder...

En 2011, la journaliste avait perdu un procès en diffamation contre le chanteur Pierre Perret, qu'elle avait accusé d'avoir eu recours au plagiat. Le tribunal avait alors jugé que Sophie Delassein avait dressé «un réquisitoire d'une singulière violence, insoucieuse du contradictoire, portée par une coalition d'intérêts». Condamnée, elle avait dû payer une amende de 2 000 euros, ainsi que 10.000 euros de dommages et intérêts au chanteur. Et Le Nouvel Obs avait dû s'acquitter d'une amende de 1000 euros pour les écarts de la journaliste.

(c) Source : Le Figaro