Publié le 25/04/2015

C’est sous une inévitable (et traditionnelle) grisaille que notre train rentre en gare de Bourges, déversant sur les quais son flot de festivaliers, de timides musiciens et de professionnels de la musique. On annonce déjà du retard pour le prochain train en provenance de Paris, raison mise en cause : une surcharge pondérale des wagons. Cette 39e édition du Printemps de Bourges s’annonce décidément aussi longue (la programmation s’étalant sur 6 jours et à cheval sur deux semaines) qu’abondante !

Première étape, sans laquelle Bourges ne mériterait pas ses lettres de noblesse : une scène de découvertes, celle de la sélection Pression Live! On y retient la prestation courageuse des Caennais de Portier Dean – déjà repérés sur les auditions inRocKs lab et gagnants du tremplin AOC du Cargo – qui parviennent tant bien que mal à faire décrocher le nez des festivaliers de leurs cornets de Churos huileux. On ne peut rester indifférent devant cette voix grave et touchante et des mélodies qui nous replongent dans le répertoire classique folk de nos disques chéris – de Nick Drake à Fleet Foxes.

Seconde étape, direction le palais d’Auron, où les festivités se déroulent assises pour un co-plateau exceptionnel, invitant une jeune plante de la variété française avec le modèle iconique du genre. C’est donc à la timide Juliette Armanet d’ouvrir le bal et d’assurer la première partie de Juliette Greco, inaugurant sa tournée d’adieu “Merci”. On se délecte pendant 30 petites minutes où s’enchainent mélodies d’amour et paroles grinçantes : “Adieu Chin Chin”, “Alexandre”, “Le Grand Amour”… One man show, chanteuse et actrice à la fois, Juliette réussit une dangereuse pirouette artistique, seule avec son piano à demi queue, et donne un bon coup de balais à tous les détracteurs de la variété moderne. Après un bref changement de plateau, Juliette Greco rentre en scène, le sourire aux lèvres et dans une divine robe de velours. On reste bouche bée devant le prolifique répertoire qu’elle y interprète : “Dans le port d’Amsterdam” et “Le Tango funèbre” de Jacques Brel, “la Javanaise” de Serge Gainsbourg, “Jolie môme” de Léo Ferré…Ralentissant rythmes et voix, ses mots prennent tout leur sens et ravivent les couleur de ses amours passés. Le public – traversant les âges – reste pudique et très sage devant les adieux de cette grande dame de la chanson.

Impossible de clôturer cette première soirée, sans passer par la scène magistrale du W (d’une capacité de 6500 personnes) pour savourer la prestation de la divine artiste flamande Selah Sue. Accompagnée de deux choristes survoltées et de musiciens chevronnés, cette jeune brindille illumine son public avec les hits qui ont fait ses premières heures de gloire, et défend son second album sans jamais se contenter de glisser dans l’interprétation scolaire. Grâce à un grain de voix soul inimitable et des influences raggamuffin, elle partage cette fièvre de chanter et de danser avec son public, lui tendant le micro puis se lançant dans des vocalises dangereusement haut perchées, et avec une facilité déconcertante !

En attendant la suite des hostilités du PDB, on se retape au comptoir de la salle du 22, bar préféré des pros où s’échangent les bons tuyaux des concerts à venir et les compte rendus des prestations passées.

(c) Source : Les Inrocks