Publié le 15/04/2014

Source Figaroscope

«C'est pas fini, on vient à peine de commencer.» Miossec a choisi avec soin le titre qui ouvre son nouveau disque Ici-bas, Ici même. Cette année, le chanteur brestois fête à la fois ses vingt ans de carrière et son cinquantième anniversaire. Un cap, passé en musique sur une dizaine de titres qu'il a voulu épurés. Après le rock rêche des Chansons ordinaires, Miossec déshabille sa musique et revient à la sincérité brute de Boire. Pour écrire ce nouveau disque, il est revenu à la simplicité, comme on l'apprend dans le livret du disque, «comme un couillon avec [sa] guitare.»

Un disque «fait à la maison» dans le Finistère, sans maquettes mais avec beaucoup de réflexion et une longue phase de composition. Les batteries y sont délicatement heurtées par les balais, les violons et violoncelles soulignent la ligne mélodique et les marimbas et les chœurs finissent d'habiller un disque sans fausse note.

Pour travailler sur Ici-bas, Ici même, Miossec a fait appel à l'arrangeur et pianiste Albin de la Simone (il a travaillé avec Vincent Delerm, Vanessa Paradis ou Alain Souchon), connu pour son travail d'orfèvre, ainsi qu'à l'ingénieur du son Jean-Baptiste Brunhes. Ensemble, ils travaillent en toute spontanéité, essayant le plus souvent possible de garder les premières prises. D'où cet intense sentiment de liberté, que Miossec lui-même rapproche de l'impulsion qui a nourri son album Boire.

La nostalgie douloureuse

Le dépouillement et les arrangements nets laissent place à la voix. Au fur et à mesure des sorties du Breton, cette dernière a su être aussi féroce que désespérée, cassée ou murmurée. Ici, elle se fait tendre pour aborder frontalement les thèmes de la cinquantaine. Le neuvième disque de Miossec est avant tout un retour à la chanson. La vie a un peu abîmé le bonhomme, mais le temps qui passe et la nostalgie douloureuse qu'il lui inspire lui vont bien. Ici-bas, Ici même raconte plus que jamais la peur de la mort, et la course inévitable vers un futur effrayant. Où l'on repense à toute une vie.

Le chanteur y raconte aussi Brest, la ville qu'il a déjà chantée, métropole du bout du monde en guise de muse. Il y revisite le Vauban, salle mythique près du port où on le vit souvent accroché à son micro, qu'il y joue en solo ou qu'il vienne au sortir d'un concert sur la scène nationale du Quartz. Sa chanson, Le samedi soir au Vauban, raconte la tradition bien connue du bal musette. Le Finistère a connu Miossec en haut et tout en bas. Depuis quelques années, le chanteur s'est calmé. La scène, il l'a enfin domptée, toujours angoissé mais plus confiant. Ses névroses, il les couche désormais sur le papier et en musique. Comme sur la pochette de son disque, où on le voit presque entièrement immergé dans une eau translucide. Entre les profondeurs abyssales et l'air pur, Miossec a choisi l'entre-deux. À La Cigale, ce ne sera pas comme un soir au Vauban. Mais le rendez-vous parisien est pris et le nouveau groupe de scène composé par Miossec (Hugo Cechosz, Vincent David, Valentine Duteil, Nathalie Réaux et Florent Savigny) apportera un bout de Finistère à Paris.

Miossec, à La Cigale, 120, boulevard de Rochechouart (XVIIIe). Tél.: 01 49 25 81 75. Date: le 22 avril à 19 h 30. Place: 29,70 €.

(c) Source : Le Figaro