Publié le 14/04/2016

Subitement, mercredi, un orage a éclaté et des trombes d’eau se sont abattues sur les rives de l’Auron. Des intermittents du spectacle sont montés sur scène pour « se faire entendre et respecter ». Bref, une journée normale à Bourges. .. Qui s’est achevée par une soirée exceptionnelle. Pendant que les basketteuses berruyères devenaient une nouvelle fois championnes d’Europe, le Palais d’Auron - joli nom pour une antique salle de sports - abritait outre des spectateurs détrempés une fête anniversaire unique, dans tous les sens du terme. Grand fan de chanson française, biberonné à Brel et Barbara, Vincent Dedienne fut le fil rouge - normal pour un festival né en terres communistes - de ce spectacle choral, mêlant souvenirs de spectateurs et hommages de dix huit chanteurs emblématiques du Printemps, de Lavilliers, qui fut de la première édition en 1977, au groupe rock Radio Elvis, qui joue cette année. Se nourrissant d’histoires vécues de festivaliers et de photos rares du festival - Lionel Jospin avec un vrai boa autour du cou, Jerry Lee Lewis avec un verre de whisky en équilibre sur son micro... -, le comédien et humoriste pêcha parfois par gourmandise, mais a emballé la salle en citant Pierre Desproges et jouant les habitants furieux contre le festival. Si on peut regretter que le choix des reprises soit assez attendu - trois titres de Jacques Higelin, deux de Gainsbourg et deux de Barbara et pas de U2, The Cure ou Mano Negra - , difficile de bouder son plaisir devant Alex Beaupain reprenant « La folle complainte » de Trénet, Dominique A et la revenante Sapho s’unissant sur « La solitude » de Barbara, La Grande Sophie faisant sienne « Pars » d’Higelin et Lavilliers faisant claquer « Est-ce ainsi que les hommes vivent » de Léo Ferré. Acclamés eux aussi à leur arrivée, Jane Birkin et Christophe Miossec ont été touchants sur « La Ballade de Johny Jane » de Serge Gainsbourg, Miossec revenant nous filer la larme aux yeux avec la bouleversante « Merci » qu’il a écrite pour Gréco. Un clin d’oeil à Juliette autant qu’à Bourges. Et Jeanne Cherhal nous filant le frisson avec une version tout en retenue de « Nantes », sa chanson préférée au monde. Dans cette fête de la musique de près de deux heures - où les spectateurs ont fait une ovation à Daniel Colling, montant sur scène à la fin du spectacle -, on a aussi beaucoup aimé le pas de côté de Christian Olivier, de Têtes Raides, revisitant « Marcia Baïla » de Rita Mitsouko, le rappeur Youssoupha s’attaquant au casse gueule « Hexagone » de Renaud et les deux rockeuses Izia Higelin et Jeanne Added donnant une version incendiaire du « Gloria » de Patti Smith. Mettre le feu au palais, quoi de plus naturel à Bourges.

(c) Source : Le Parisien