Publié le 27/12/2015

«Les Ricains m' a valu la haine de la gauche, qui m'a traité de facho et qui continue... et celle des gaullistes qui m'ont pris pour un emmerdeur...». Dans son autobiographie* publiée en 2009 Michel Sardou se souvient de ce qu'il doit à son premier succès, écrit quarante ans auparavant. Cette première chanson engagée, bien avant Le France, Je suis pour ou Le Bac G va le ranger définitivement - et peut-être abusivement - dans le camp du politiquement incorrect.

Cette chanson, qui rend hommage aux soldats américains qui ont débarqué en Normandie le matin du 6 juin 1944, est diffusée pour la première fois sur les radios dans un contexte politique bien particulier. Le général De Gaulle, alors président de la République, hostile à la politique des États-Unis au Vietnam, décide que la France ne fera plus partie du commandement intégré de L'OTAN.

Sardou récidivera avec Monsieur le président de France

«Si les Ricains n'étaient pas là nous serions tous en Germanie...»: le refrain de la chanson de Sardou sonne alors comme un défi à la politique et à la geste gaulliennne. Les Résistants, qu'ils soient communistes ou gaullistes, ne peuvent supporter d'entendre ce pamphlet, chanté sur air de country, qui minimise leurs faits d'armes et leur engagement contre l'Allemagne nazie.

En réaction, le gouvernement de l'époque fera tout pour que Les Ricains recueille le moins d'audience possible. Il n'ira pas jusqu'à la censurer, mais il «déconseillera fortement» aux radios de la passer en boucle. Cette interdiction partielle n'empêchera pourtant pas ce disque de devenir le premier succès d'estime de Sardou.

En 1969, Michel Sardou, incorrigible, récidivera avec Monsieur le président de France. Cette chanson en forme de lettre interpellait directement le Général: «... Je vous écris du Michigan pour vous dire que tout près d'Avranches mon père est mort il y a vingt ans...»

*Et qu'on en parle plus, de Michel Sardou, aux éditions X.O.

Les Ricains (1967): paroles de Michel Sardou sur une une musique de Guy Magenta

(c) Source : Le Figaro