Publié le 09/12/2015

Au patrimoine de la chanson française, c'est l'un des morceaux les plus interprétés. L'Aigle noir est sorti en 1970 sur un album de Barbara qui prendra ce titre. Pour sa créatrice, cette métaphore poétique raconte un rêverie. Endormie au bord d'un lac, la chanteuse rêve qu'elle est réveillée par un aigle noir.

«De son bec, il a touché ma joue. / Dans ma main, il a glissé son cou. / C'est alors que je l'ai reconnu: Surgissant du passé, /Il m'était revenu.» Barbara évoque-t-elle une histoire d'amour ou un souvenir douloureux? Dans Il était un piano noir... Mémoires interrompus, une biographie publiée après sa mort en 1997, la chanteuse parle pour la première fois de son enfance dramatique, persécutée par un père qui aurait abusé d'elle. Post mortem, on établit un lien entre sa création la plus célèbre et sa tragique histoire personnelle.

À une époque où l'on donnait une véritable importance au texte, beaucoup de personnes se sont interrogées sur le sens réel des paroles de L'Aigle noir. Barbara se déroba à chaque fois, prétextant que cela ne concernait qu'elle. «Ce ne sont pas les paroles qui sont importantes...», ajoutait-elle.

La version de Patrick Bruel

Le 27 novembre, Patrick Bruel a sorti un album en hommage à la chanteuse. Dans Très souvent, je pense à vous..., l'artiste interprète quinze grands titres de Barbara. Invité vendredi 4 décembre au spectacle organisé pour les trente ans de la salle Paris Bercy, Patrick Bruel a chanté L'Aigle noir.

Une fois le morceau terminé, il est revenu sur le sens de la chanson, ouverte à de nombreuses interprétations: «Je trouve que c'est une chanson incroyable, c'est une chanson qui a plusieurs lectures (...) par les temps qui courent. L'Aigle noir, comme nous avons toujours imaginé la chanson avant de connaître la vraie histoire de cette chanson, c'était pour nous l'aigle des heures les plus sombres de notre histoire. Et l'histoire peut recommencer.»

Après l'interprétation psychanalytique, voici l'interprétation historique. Le chanteur révèle ainsi qu'avant de connaître l'histoire du viol de Barbara par son père, L'Aigle noir aurait pu faire référence à l'emblème du IIIe Reich. Une explication possible puisque Barbara, issue d'une famille juive alsacienne, était âgée d'une dizaine d'année pendant l'Occupation. Ses parents ont fui sous le régime de Vichy, et la famille s'est réfugiée en Isère pendant les deux dernières années de la guerre.

Mais on ne sait pas clairement ce que Patrick Bruel insinue lorsqu'il dit que «l'histoire peut recommencer». S'agit-il pour lui de la montée du Front National en France? De la menace du terrorisme islamiste et la bannière noire de l'État islamique? Encore une fois, les lectures sont nombreuses... Et aujourd'hui, les paroles de L'Aigle noir restent toujours énigmatiques, auréolées par ce mystère qui les entoure.

(c) Source : Le Figaro