Publié le 11/05/2016

Source Figaroscope

Difficile de suivre Philippe Katerine ces dernières années. Depuis le triomphe de Robots après tout, en 2005, le Vendéen a multiplié les expériences insolites, du cinéma à la danse en passant par l'enregistrement d'albums souvent déconcertants. Le Film, tout juste paru, est le dernier épisode d'une carrière entamée voici déjà vingt-cinq ans. Dépouillé et sobre, le disque a soulagé les fans historiques de l'artiste, qui ne savaient plus à quel saint se vouer.  «J'ai conscience que cet album est plus sécurisant pour ceux qui ont besoin de sécurité. Il l'est plus pour moi aussi. J'ai renoué avec l'écriture, en utilisant plus de mots que sur les deux disques précédents», reconnaît Philippe Katerine, entre deux répétitions de son nouveau tour de chant.  «J'ai renoué avec une conception de la chanson que j'ai déjà fréquentée, même si j'aurais été incapable de faire ces chansons-là il y a vingt ans.»

Composé et joué au piano, avec quelques ponctuations de contrebasse et des chœurs d'enfants, Le Filmest un beau disque intime, dans lequel l'artiste se met à nu pour la première fois.  «Auparavant, j'étais complexé; aujourd'hui, je n'en ai plus rien à faire. Je me sens plus libre que jamais, en tout cas dans ma musique», dit-il. Réfutant le terme naïf, il reconnaît que ses nouveaux titres ont été influencés par ses deux jeunes fils.  «Vivre avec des enfants me régénère chaque minute. Ils me montrent la vie différemment, ne me laissent jamais tranquille, c'est formidable!» , s'enchante-t-il. Sur le morceau Papa, Katerine rend hommage avec une grande délicatesse à son père, disparu avant la conception du disque.

Entre malaise et rire

Le Film réconciliera les auditeurs perdus avec Magnum, album électro surproduit qui avait suscité l'incompréhension.  «Je n'ai jamais d'espérance en ce qui concerne mes disques. Je ne tire jamais de plans sur la comète. Partant de là, il ne peut y avoir que de bonnes surprises»,  concède-t-il. En 2005, Louxor j'adore a rejoint la cohorte des tubes diffusés dans le cadre de fêtes privées, lui faisant accéder à un public bien plus large.  «On était tout le temps en tournée quand le disque est sorti, on n'a rien vu. Je suis passé au travers de ce succès mais j'ai compris qu'une ou deux chansons étaient entrées dans la vie des gens, ce qui est une chance immense.»

En décrochant un tube avec un morceau qui parle d'un type qui se fait lyncher par la foule et aime ça, Katerine a manié le paradoxe avec une grande virtuosité.  «Ce texte est d'une cruauté absolue»,  reconnaît-il. La chanson est inscrite au répertoire qu'il présente aujourd'hui avec une jeune pianiste roumaine spécialiste de l'œuvre de Schumann.  «On en donne une version très différente. J'aime bien la jouer à cause de l'ambiguïté entre connivence et cruauté, entre malaise et rire.» C'est dans ces interstices que s'exprime le mieux l'art de cet original, qui avoue s'être toujours reconnu comme un martyr.  «Les chanteurs sont des martyrs, le moins qu'on puisse faire, c'est d'en rire», explique-t-il, rappelant son éducation très imprégnée de catholicisme. «Saint Sébastien qui chante le corps criblé de flèches tandis que la foule le lapide, on est proche du fantasme sexuel, quand même.»  

Philippe Katerine. Le Flow. 4, port des Invalides (VIIe). Tél.: 01 45 51 49 51. Dates: les 11, 12, 17, 18, 24, 25 et 26 mai à 19 h 30. Place: 33 €.

(c) Source : Le Figaro