Publié le 16/04/2015

Le fait était connu depuis janvier: la Jolie Môme tire sa révérence de la scène française. Vendredi prochain, la chanteuse donnera le premier concert de son ultime tournée en inaugurant le 39ème Printemps de Bourges, où elle n'était pas venue depuis 2007. Le Palais des Congrès de la ville est la première de ses nombreuses dates de Merci qui la tiendront sur scène au moins jusqu'à la fin de l'année.

Dans une interview accordée mercredi 15 avril à nos confrères du Parisien, Juliette Gréco s'explique sur ce choix. «Je n'ai pas envie de monter sur scène en boitant. C'est une question de courtoisie, de dignité.» L'âge et le temps qui passe sont donc au cœur de cette décision. L'icône de la chanson française reste réaliste et ne souhaite pas faire comme ces artistes qui tirent sur la corde. «Je veux partir de debout. Il ne faut pas tenter le diable.»

Comme toute fin de carrière, Juliette Gréco revient sur son parcours. Elle partage avec les lecteurs le souvenir de son tout premier concert. C'était au Bœuf sur le Toit en 1950. «Ça s'est décidé très vite. Jean-Paul Sartre a dit: «Gréco vous allez chanter.» Je lui ai plus obéi qu'autre chose.» Une chanteuse qui a su garder son public durant toutes ces années. 2015 est enfin l'année de lui dire Merci.

Et après? «Des disques, si la voix est encore là.» La musique, toujours la musique. Quoique... «Si on me proposait une pièce de théâtre,je dirais oui.» Cet artiste aux multiples talent a déjà joué sur les planches plusieurs dont en 1964 dans Bonheur, impair et passe de Françoise Sagan mise en scène par l'auteure et Claude Régy. Et pourquoi pas du cinéma. Elle y pense malgré des projets qui n'aboutissent pas encore. Juliette Gréco ne semble donc pas tout à fait prête à prendre une retraite pourtant bien méritée.

À 88 ans, la chanteuse ne paraît pas inquiétée par la vraie fin: la mort. «Je me dis: pas trop tard s'il vous plaît.» Comme elle l'a déjà fait comprendre en faisant ses adieux, elle «ne veu[t] pas être une charge.» Cette grande dame fait toujours preuve de sa mythique dignité. L'ancienne amie de Serge Gainsbourg puis la compagne de Miles Davis, Philippe Lemaire, Michel Piccoli et enfin Gérard Jouannest a déjà vécu plusieurs vies en une seule. Son dernier compagnon était le pianiste de Jacques Brel. L'artiste revient justement sur sa vision du chanteur sur son lit de mort. «Il était embaumé, maquillé. Je ne l'ai pas reconnu. Donc je n'y ai pas cru.»

L'artiste, icône du siècle dernier, a sorti son dernier album fin 2013. Un disque hommage Gréco chante Brel où la nostalgie reste omniprésente. Depuis ses débuts, elle n'a jamais quitté la scène, vitale pour elle. Sa tournée d'adieu Merci marquera le point d'orgue d'une carrière bien remplie. Ses grands yeux noirs hypnotiques ne sont pas prêts de quitter le cœur du public français: Juliette Gréco lui dit Merci, pas au revoir.

(c) Source : Le Figaro