Publié le 08/05/2016

C'est dans son atelier d'artiste du 18e arrondissement de Paris, déniché dans une petite annonce du Figaro dans les années 1980, que Jean-Luc Lahaye nous reçoit. Il a accepté de se confier, «pour la dernière fois», dit-il, sur ses récents démêlés avec la justice, survenus en fin d'année 2014. Le chanteur en profite pour nous raconter sa nouvelle vie et nous dévoiler ses projets. Il sera notamment à l'affiche du deuxième volet de la comédie Stars 80, prochainement au cinéma.

LE FIGARO - Vous publiez un livre, Classé Confidentiel, aux éditions Montparnasse, où vous vous expliquez sur vos récents déboires avec la justice. Pourquoi le sortir aujourd'hui?

Jean-Luc LAHAYE - J'avais décidé d'écrire ce livre bien avant mes affaires judiciaires. Il y a longtemps que je voulais parler de mes 30 ans de parcours. Après l'affaire, l'éditeur m'a demandé de raconter ma version pour que cesse ce lynchage gratuit et grotesque.

En vous lisant, on perçoit un sentiment d'acharnement voire d'injustice au moment de l'enquête. Pourquoi d'après vous?

Parce que je suis un personnage public. Tout a commencé avec l'alerte Facebook qui a signalé à la police que des filles très jeunes m'envoyaient des messages et des photos. La brigade de police a alors flairé le bon coup et a décidé pendant 6 mois de se livrer à une enquête à charge partout en France, auprès des fans et de mon entourage. Ils poussaient même les parents de jeunes filles à porter plainte. Finalement, après six mois d'enquête, aucune plainte reçue, ils sont repartis bredouille. Si je n'avais pas été connu, je suis persuadé qu'il n'y aurait pas eu d'enquête sur moi. Il n'y aurait même pas eu d'alerte Facebook. Lors du huis clos au tribunal, c'était le palais des injustices. Cela a duré près de sept heures. Plus qu'une cour d'Assises. Pour un tribunal correctionnel, c'est de la folie. Comme, il n'y avait aucune plainte contre moi, on m'a attaqué sur mon répertoire, mes tenues vestimentaires et mon rôle caricatural dans le film Stars 80 : un amalgame invraisemblable. Je le répète: Je n'ai commis aucune infraction. Je n'ai dragué aucune mineure.

Jean-Luc Lahaye et sa mère

Jean-Luc Lahaye et sa mère

Vous avez été finalement condamné à un an de prison avec sursis pour corruption sur mineure. Pourquoi n'avez-vous fait appel de cette décision si vous maintenez que c'est faux?

Non, j'ai été relaxé de deux chefs d'inculpation sur trois. Le troisième, j'ai fait appel contrairement à ce qui a été raconté. L'appel est arrivé le 1er avril. Sauf que ce jour-là, j'enterrais ma mère au père Lachaise. Comme je ne pouvais pas m'y rendre, j'ai dit que je renonçais à faire appel.

Vous êtes désormais associé au mot «pédophile». L'acceptez-vous?

Tout ça à cause d'un journaliste qui a lâché une information selon laquelle je possédais des fichiers pédopornographiques. C'est faux. Après avoir saisi mon ordinateur, les policiers ont indiqué que je ne possédais que des images de famille et de motos. Rien à signaler concernant l'enquête, ont-ils conclu. Aujourd'hui, on va me voir avec une fille de 25 ans, on va dire que je suis pédophile. Mais ce n'est pas grave. Le regard des autres m'importe peu. Ce qui compte pour moi est d'être en bonne santé et de continuer à faire mes activités. Le reste, je m'en tape!

Comment ont réagi Margaux et Gloria, vos filles, et Vanessa, votre compagne, lorsque l'affaire est sortie?

Mes filles ont eu des envies de meurtre contre cette presse et ce tribunal. Je les comprends. Quand l'affaire a été médiatisée, elles m'ont envoyé un joli mot de soutien en me disant «Papa, on porte ton nom. On en est fières». Elles ne m'ont jamais lâché. Tout comme Vanessa qui n'a jamais douté.

Les gens qui me connaissent savent qui je suis. Je ne franchirai jamais la ligne jaune. Les filles mineures ne m'intéressent pas. Je rappelle aux lecteurs que je suis le fondateur de l'association, Cent familles, qui héberge à temps complet 130 enfants âgés en moyenne de 8 ans. Vous croyez que si j'étais un pédophile, je ne serais pas déjà en prison?

On a dit d'ailleurs que vous avez été évincé de cette association...

Je n'ai pas été évincé. Après cette affaire, j'ai préféré, pour que l'image de l'association ne soit pas entachée, démissionner provisoirement de mon rôle de président actif. Je reste toujours très impliqué. Maintenant que les chefs d'inculpation les plus critiquables ont été écartés, je retrouverai prochainement ma fonction. Avant ou après l'été.

Vous assumez aimer les très jeunes filles. N'avez-vous pas peur de choquer?

Je suis un artiste, je me fous de la moralité des autres. Je suis fière de plaire à des jeunes filles de 20-25 ans! J'ai ma tignasse, un corps d'un mec de 30 ans et je suis sain. Et puis, il ne faut pas croire, mais, il m'est arrivé d'avoir des relations avec des femmes de 40 ans! Je suis un grand romantique. Mon problème est que je change souvent d'amours.

Dans Classé Confidentiel, vous affirmez que le regard des autres a changé. Comment se traduit-il au quotidien?

Quand j'arrive dans un restaurant ou ailleurs, je vois les gens consulter leur portable, sûrement Wikipédia. Un silence se fait. Du coup, j'évite les lieux publics. Je refuse tout en bloc. En même temps, ce n'est pas un problème car je ne bois pas et je ne fume pas. Je suis plutôt casanier. Les seuls endroits où je me rends sont les réunions de motards.

Quelle leçon tirez-vous de cette affaire?

Désormais, je suis plus méfiant dans mes relations avec les femmes. Je n'ai plus de compte Facebook. Je fais également attention aux photos que me demandent les fans. Si je vois qu'il s'agit d'une jeune fille, je lui demande de ne pas coller son visage contre moi.

Quel impact cette affaire a-t-elle eu sur votre carrière?

Jean-Luc Lahaye en pleine chute libre.

Jean-Luc Lahaye en pleine chute libre.

Beaucoup de gens m'ont lâché. Mes galas ont été annulés. On m'a écarté de la tournée Stars 80. Rendez-vous compte: je devais faire le Stade de France! Cela été terrible à vivre. Le soir où le show est passé à la télévision, c'était atroce. Heureusement, un ami m'a invité à dîner pour me changer les idées. Financièrement, ça va, car je n'ai pas de gros besoins. Du moment que j'ai ma moto, mon parachutisme et mon sport, ça me va très bien.

Souhaitez-vous faire votre retour dans le milieu de la musique?

On m'a proposé de remonter sur scène en été mais j'ai décidé d'attendre l'hiver. Il faut laisser encore du temps. J'ai, par ailleurs, tourné le deuxième volet de Stars 80. Le producteur Thomas Langmann a exigé que j'y participe. Pour ce qui est de mon retour dans la tournée, on verra. Peut-être à l'automne. J'ai également mon nouvel album prévu en fin d'année.

En 2015, Julie Pietri vous a attaqué en justice pour diffamation et injure avant de retirer sa plainte. La hache de guerre est-elle enterrée?

Non. Julie Pietri s'est montrée très mauvaise copine alors que je l'avais accueillie chez moi comme une sœur, après un chagrin d'amour. Dès que j'ai été écarté de la tournée, elle s'est répandue en méchanceté sur moi. Dans des mails envoyés à mes potes, elle disait: «Vous pouvez emmener vos filles, Jean-Luc ne sera plus dans la tournée». C'est pour ça qu'en mai 2015, j'ai lâché cette petite goujaterie au micro de Fogiel sur RTL («Est-ce qu'il faut que je me tape Julie Pietri? Non, merci!») qui m'a valu un procès. Aujourd'hui, Julie Pietri est invisible pour moi. Si on manque à mon amitié, je la retire à vie.

Êtes-vous heureux aujourd'hui?

Un jour, quelqu'un a dit, «Le bonheur, c'est la pause entre deux emmerdes». On peut considérer que je suis en pause là. (Rires) Il y aura d'autres emmerdes. Il y en a toujours dans ce métier...

(c) Source : Le Figaro