Publié le 04/03/2014

Source Figaroscope

LE FIGAROSCOPE. - Jouer Bach en famille était-il une évidence?

Janine JANSEN. - Pas du tout. Bach a toujours été chez nous une histoire de famille. Notre père, organiste et claveciniste, jouait sa musique et nous avons baigné dans son art de la ­fugue et du contrepoint dès le plus jeune âge. Mais s'agissant des concertos, ma première ­intuition était de me tourner vers des ensembles baroques existants plutôt que de faire appel à ma famille et mes amis.

Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis?

Le goût du défi. J'avais déjà joué ces œuvres à de nombreuses reprises en concert, et elles me semblaient presque trop familières. Je me suis alors dit que quitte à les enregistrer, il serait intéressant d'essayer de faire table rase de mes expériences passées en choisissant un effectif réduit, proche de l'esprit chambriste plutôt qu'un véritable orchestre… Exactement comme nous l'avions fait dix ans plus tôt pour l'enregistrement des Quatre Saisons de Vivaldi.

Est-ce si facile de travailler avec des gens dont on est tellement proche?

Cela n'a jamais été un problème. Je crois au contraire que certains répertoires appellent une complicité forte et naturelle, et c'est le cas avec Bach. D'abord parce que beaucoup de ces œuvres sont nées dans le cercle familial des Bach à Leipzig, avant d'être produites en public dans l'intimité du Café Zimermann. Ensuite parce que l'une des données primordiales de l'écriture violonistique de Bach est l'articulation. Et trouver la bonne articulation ne peut se faire que si la qualité d'écoute entre les musiciens est optimale.

Comment s'est faite cette immersion dans l'intimité des Bach?

D'abord par le choix des œuvres. Je voulais des œuvres qui respirent cette complicité, et les concertos en la mineur et mi majeur me ­semblaient idéaux de légèreté. J'y ai aussi ajouté deux sonates pour violon et clavecin que je joue avec mon père, mais que nous ne donnerons pas à Pleyel car l'acoustique ne s'y prête pas autant que la petite église dans laquelle nous avons ­enregistré.

Il y a aussi ce concerto pour violon et hautbois, reconstitué d'après une version réorchestrée du concerto pour deux clavecins. Pourquoi ce choix?

Parce que son adagio est sans conteste l'un des plus beaux moments de l'Histoire de la musique. Et aussi par affinités humaines, une fois encore. Lors d'une tournée avec le Chamber Orchestra of Europe, j'ai fait il y a quelques ­années la connaissance du hautboïste Ramon Ortega Quero, qui était à l'époque soliste dans la phalange. Nous nous sommes depuis retrouvés à de nombreuses reprises pour des projets de musique de chambre et avons noué une vraie complicité.


L'esprit plutôt que la lettre

Pureté du timbre, raffinement de la ligne et une vitalité tout sauf «motorique»… Tels étaient les maîtres mots du premier album que Janine Jansen consacra à Jean-Sébastien Bach il y a cinq ans, entre Inventions et Partitas. Tels sont les trois ingrédients que l'on retrouve dans son dernier disque dédié aux concertos BWV 1041, 1042 et 1060, ainsi qu'aux sonates avec clavecin BWV 1016 et 1017. L'aspect chambriste prédomine d'un bout à l'autre, comme dans l'adagio en réponse d'un raffinement superbe du BWV 1060. L'esprit plutôt que la lettre, en somme. Une signature pour Janine Jansen, qui n'a jamais autant reflété la pensée d'un compositeur.

Janine Jansen. Salle Pleyel, 252, rue du Fbg-Saint-Honoré (VIIIe). Tél.: 01 45 56 13 13. Date: le 9 mars à 16 h. Places: de 10 à 45 €.

(c) Source : Le Figaro