Publié le 17/01/2015

LE FIGARO. - Qui vous a poussé à officialiser vos adieux?

GUY BÉART. - Personne. J'ai voulu tirer un coup de chapeau avant de partir dans l'autre monde. Vous savez, j'ai bientôt 85 ans. Il faut savoir s'arrêter. Je suis ravi de voir que l'Olympia soit complet. Il y a quarante ans, dans cette salle, j'ai assuré une dizaine de représentations. Cette fois-ci, il n'y en aura qu'une. On m'en a réclamé d'autres, mais j'ai dit non. Ce sont vraiment mes uniques et derniers adieux.

Beaucoup de chanteurs ont fait des adieux plusieurs fois...

Mais moi quand je dis une chose, je dis la vérité!

Que réservez-vous aux 2000 spectateurs de l'Olympia?

Beaucoup de surprises. Tout sera improvisé. Mes musiciens ont peur quand je dis ça mais c'est vrai: je ferai en fonction de mon envie et de celle du public. Je ne chanterai pas tous mes tubes, il y en a une centaine. Enfin ce qui est sûr, c'est que pendant la première partie, je serai seul avec l'orchestre de Roland Romanelli. Deux chansons inédites seront dévoilées parce que je continue d'écrire, vous savez. Puis, après l'entracte des amis me rejoindront. Julien Clerc interprètera Vous au piano. Hervé Vilard et ma fille Emmanuelle seront là aussi et peut-être Laurent Voulzy pour interpréter la chanson Il fait toujours beau quelque part.

Vous n'êtes pas monté sur scène depuis votre récital à Bobino en 1999. Avez-vous le trac?

Non, je n'ai pas le trac du tout. Même si je n'ai plus la même voix qu'avant, je sais que le public sera là et chantera avec moi.

Qu'avez-vous ressenti la semaine dernière au moment des attentats parisiens?

J'ai été très peiné, car j'ai perdu mon ami Wolinski. Je lui avais parlé trois jours avant le drame. Il devait même venir à mon récital. C'était un homme remarquable. Lui, qui ne croyait pas en Dieu, faisait le bien autour de lui. Je suis sûr qu'il sera accueilli au Paradis parmi les justes. Je n'ai pas pu aller à la marche républicaine du 11 janvier. Ma fille Emmanuelle l'a fait et c'est très bien. Je n'aime pas les manifs. Et puis, si j'avais chopé un rhume, je n'aurais pas pu assurer mon récital!

Quel regard portez-vous sur notre époque?

C'est une époque curieuse où il faut être célèbre pour réussir. Les religions ne devraient pas exister. Dieu n'en voulait pas d'ailleurs, c'est écrit dans la Bible. Il était contre toutes les guerres. Moi, je crois en Dieu, en un dieu de toutes les religions. Ces personnes qui ont commis les attentats de la semaine dernière n'ont rien à voir avec l'islam. Ces cons ne connaissent pas le coran. Il paraît même qu'ils ne savent pas la différence entre les sunnites et les chiites. Ils ne sont là que pour montrer leur cul dans les médias. Je chanterai Alphabet demain à l'Olympia pour décrire ce mal. C'est une chanson que j'ai écrite il y a plusieurs années, mais qui est toujours d'actualité.

Avez-vous peur de la mort?

Non, la mort fait partie de la vie. Moi, je suis un voyant (il avait prédit la mort de son père), qui dialogue souvent avec les morts. Je suis, à la fois, dans la vie et la mort.

Que voulez-vous qu'on retienne de vous après votre mort?

Je voudrais être l'anonyme du XXe siècle. Je préfère que mes œuvres perdurent plutôt que mon nom. Sans me comparer à Shakespeare mais les gens, aujourd'hui connaissent par cœur son œuvre. Ils ont oublié son auteur, je crois.

(c) Source : Le Figaro