Publié le 22/11/2013

«La musique, c'était le grand projet de Guillaume», a déclaré Julie Depardieu auprès de l'AFP. La sœur de l'acteur défunt, disparu le 13 octobre 2008, des suites d'une pneumonie contractée sur un tournage en Roumanie, a évoqué la passion musicale de son frère, dont le premier album Post Mortem sortira lundi 25 novembre. Deux singles extraits du disque sont déjà disponibles: Faisons l'amour et Fast Food.

«Il est parti avant. Que faire?»

Publier son premier disque, Guillaume Depardieu «ne pensait qu'à ça». «Il est parti avant. Que faire?», a confié Julie. Cinq ans après sa mort, elle a porté le projet de cet album intitulé Post Mortem, un nom que l'acteur avait lui-même choisi et qui prend une résonance particulière aujourd'hui. Avant sa disparition, cet aîné de la fratrie Depardieu avait laissé des titres à l'état de maquette, auxquels il manquait les arrangements.

Fin 2007, un an avant sa mort à l'âge de 37 ans, Guillaume Depardieu avait rendu visite à François Bernheim, chanteur, compositeur, producteur et ami de longue date de la famille. «Il est arrivé chez moi avec un tas de textes et il m'a juste dit “Ben voilà”», raconte ce musicien. «J'ai cru qu'il voulait mon avis. Au bout d'une semaine, il m'a dit “Alors?” Je lui ai donné mon sentiment, je n'ai pas eu à utiliser de superlatif, c'était vraiment extraordinaire au sens pas ordinaire du tout. Mais lui m'a répondu “Mais t'as rien fait? Je voudrais des musiques là-dessus”», poursuit-il.

Après le deuil, les proches de Guillaume Depardieu ont longtemps hésité sur ce qu'il convenait de faire de ces chansons pas encore abouties. Or Guillaume Depardieu «changeait tout le temps d'avis», confie sa sœur. «Il était dans des mouvances, des courants qu'il entendait. Il écoutait NTM toute la journée, aimait beaucoup Amy Winehouse, appréciait Pete Doherty», raconte François Bernheim. Les maquettes ont finalement été confiées aux bons soins du réalisateur Renaud Letang (Manu Chao, Alain Souchon), qui y a greffé des orchestrations avec le concours de Vincent Segal, violoncelliste de Bumcello, et Vincent Taeger, batteur accompagnant habituellement le rappeur Oxmo Puccino. Le travail de cette équipe s'est essentiellement appuyé sur les bribes laissées par Guillaume Depardieu à sa mort. Le résultat met en valeur une voix et une écriture fortes et percutantes.

«Les grands projets sont ceux qu'on ne réalise pas»

Pourquoi Guillaume Depardieu n'a-t-il pas composé lui-même, lui qui avait un «grand sens musical», jouait du piano depuis l'âge de 5 ans et lisait le Traité d'harmonie d'Arnold Schoenberg à 17 ans? «Je pense qu'il flippait», estime sa soeur. «Je pense que le grand projet de sa vie c'était ça et les grands projets sont ceux qu'on ne réalise pas parce qu'il faut que ça soit génial. Il devait composer un peu, ne devait pas se plaire, tout jeter, s'énerver. C'était quelqu'un qui détruisait tout parce que ce n'était jamais assez bien pour son rêve», dit-elle.

Un Post Mortem plein de vie

Post Mortem, Guillaume Depardieu y pensait en tout cas depuis longtemps. L'acteur rêvait de faire de la scène avec ce nom. «Quand il m'a annoncé ça, je lui ai dit “il y a quand même plus gai dans la vie. T'as pas un autre nom un peu moins glauque?” Il m'a répondu “Non, tu verras, c'est bien”», se souvient Julie Depardieu.

En réalité, Post Mortem est plein de vie, de la sienne, que l'acteur raconte. Les titres des chansons parlent d'eux-mêmes: L'Estropié, en référence à sa jambe amputée après une infection nosocomiale, Je fais ce que je veux de mon corps, Je mets les voiles, Louise, sa fille qui sera la seule bénéficiaire des droits du disque à sa majorité... Entre slam et chanson française, Guillaume Depardieu parle de lui-même avec une lucidité saisissante, sans le moindre auto-apitoiement, mais au contraire avec une touche d'auto-dérision.

Déjà reconnu comme un des grands acteurs de sa génération et récompensé par un césar du meilleur espoir masculin pour Les Apprentis en 1996, l'aîné de la fratrie Depardieu se fraie, avec ce disque, un chemin parmi les meilleurs interprètes de la chanson française. On retrouve ainsi le phrasé si particulier de Serge Gainsbourg, la nonchalance de Benjamin Biolay ou encore les rebonds syntaxiques d'Alain Bashung.

Post Mortem sera disponible à partir du lundi 25 novembre sous le label Cinq 7 de Wagram Music. Un double album sera également distribué, dont l'un des disques comportera les maquettes originales de Guillaume Depardieu.

(c) Source : Le Figaro