Publié le 02/03/2016

Au 5 bis rue de Verneuil, dans le septième arrondissement de Paris, 25 ans aujourd'hui ont passé depuis la dernière cigarette de Serge Gainsbourg. La rumeur veut d'ailleurs que l'intérieur de la maison soit resté inchangé, les mégots de l'homme à tête de chou toujours dans les cendriers.

Le 2 mars au matin, les grilles étaient donc logiquement fermées, invitant les quelques passants à scruter la façade de la résidence principale de l'artiste, recouverte de tags et de mots laissés par les fans. «Le poing sonneur des Lilas», est-il notamment écrit au-dessus de la sonnette à l'entrée en référence à la chanson qui lui a offert son premier succès en 1959.

Située derrière l'école des Beaux-Arts, la rue de Verneuil a ce jour-là une gravité particulière. Quelques commerces arborent pour l'occasion des affiches annonçant des expositions dédiées à Gainsbourg. Un rassemblement est également prévu le 6 mars, à 11h, dans cette allée qui a abrité il y a plusieurs décennies la collaboration fructueuse et passionnée du chanteur avec Juliette Gréco, La Javanaise.

Des bons de réduction pour des pizzas dans sa boîte aux lettres

Un air qu'Andrée, la soixantaine, fredonne à tue-tête à l'entrée du lieu de pèlerinage. «Il avait un charme. Il en a d'ailleurs usé mais malheureusement, il ne m'a jamais aimé», s'amuse-t-elle, fringante. Cette retraitée a fait un détour exceptionnel par la maison de Gainsbourg avant de se rendre chez ses petits-enfants. «La première fois que je suis venue ici, il n'y avait pas de tags. Ça a bien changé», constate-t-elle en désignant un hideux «smiley» jaune sur le mur.

À l'été 2013, c'est d'ailleurs Anthony Lemer, 26 ans, qui a recouvert la façade du portrait de l'interprète de Initials BB. Il est revenu sur les lieux. «J'ai découvert le monument Serge Gainsbourg adolescent alors que je m'intéressais à la chanson française», confie le passionné de peinture et de musique, deux arts - l'un majeur et l'autre mineur - qui ont marqué la vie de son aîné. «Il est toujours présent dans le hip-hop autant pour ses textes que ses mélodies mais aussi chez certains artistes comme Sébastien Tellier», assure le jeune homme, fan du morceau La Noyée.

Un peu plus tard, Patrick, imposant avec son long manteau noir, s'arrête plusieurs secondes au 5 bis rue de Verneuil. «J'ai souhaité rendre hommage à ce phénomène. Il a vécu dans une époque de révolte qu'il a su mettre en musique», se souvient celui qui appréciait «le personnage excessif, le grand artiste et l'immense poète». Une empreinte digne des plus grands, Trénet, Brassens, selon lui.

Peu avant midi, alors que le calme regagne le passage qui permet d'accéder au Musée d'Orsay, un homme, des prospectus sous le bras, s'approche du mémorial. À la surprise générale, il glisse des bons de réduction pour des pizzas dans la boîte aux lettres de Serge Gainsbourg. «Je suis certain que ça ne servira pas», lui précise un passant amusé. Preuve que malgré tout, l'âme du poète maudit est toujours là.

Tout au long du mois de mars, Melody TV rend hommage à Serge Gainsbourg avec des émissions inédites. En voici un extrait:

(c) Source : Le Figaro