Publié le 10/10/2013

«Plus rien qu'une rage sourde impossible à hurler». C'est par ce constat amer que Guillaume Depardieu fait débuter la dégustation de Fast Food. Avant sa disparition le 13 octobre 2008, ce grand espoir du cinéma français avait laissé, sur papier, des textes destinés à son projet musical Post Mortem, le pseudonyme qu'il s'était choisi, et qui prend une résonance particulière aujourd'hui. Depuis mercredi dernier, le second titre de l'album - le premier étant Faisons l'amour - est proposé en streaming sur le site Internet de l'artiste. L'album, lui, paraîtra le 25 novembre prochain sous le label Cinq7 (Wagram).

Dans cet extrait au rythme enlevé et saccadé, Guillaume Depardieu décrit un monde fade et violent «où seuls les plus forts survivront». Une approche darwinienne de l'existence où les plus démunis se voient servir une «immonde nourriture obligatoire». Il clame, dans son refrain, un slogan pessimiste et sans illusion: «La négation de la mort par le Fast Food / Quel révolutionnaire Kinder Surprise cette époque va nous fournir?». Déjà reconnu comme un des grands acteurs de sa génération et récompensé par un césar pour Les Apprentis, l'aîné de la fratrie Depardieu se fraie un chemin parmi les meilleurs interprètes de la chanson française. On retrouve ainsi le phrasé si particulier de Serge Gainsbourg, la nonchalance de Benjamin Biolay ou encore les rebonds syntaxiques d'Alain Bashung.

Un talent qui ne restera pas lettre morte

Fast Food est une mise en bouche qui caractérise à merveille l'ensemble de l'album Post Mortem, que Le Figaro a pu écouter en avant-première. Le compositeur François Bernheim, un ami de la famille, a repris en main l'entreprise de son ami Depardieu, avec l'aval de sa sœur Julie et de son ancienne épouse Élise. Les maquettes ont été confiées aux bons soins du réalisateur Renaud Letang (Manu Chao, Alain Souchon), qui y a greffé des orchestrations avec le concours de Vincent Segal, violoncelliste de Bumcello, et Vincent Taeger, batteur accompagnant habituellement le rappeur Oxmo Puccino. Le travail de cette équipe s'est essentiellement appuyé sur les bribes laissées par Guillaume Depardieu à sa mort. Le résultat met en valeur une voix et une écriture fortes et percutantes.

Écorché vif, Guillaume Depardieu passe du chuchotement au slam, parfois au sein d'un même morceau. Son timbre brûlant porte des textes très personnels, où l'auteur n'hésite pas à faire l'autoportrait d'«un estropié, un mutilé». Louise, une délicate ballade au piano, est dédiée à sa fille, qui sera l'unique bénéficiaire des droits de l'album, à sa majorité, dans six ans. De la valse au hip-hop en passant par la chanson réaliste, les morceaux trahissent la grande culture musicale de l'auteur et chanteur et son amour des mots. On connaissait son duo avec Juliette (Une lettre oubliée), mais l'ampleur de son talent était restée jusqu'ici inconnue.

(c) Source : Le Figaro