Publié le 18/11/2013

Chansons de l'innocence ­retrouvée est un des disques français de la rentrée. Ambitieux, cet album ­enregistré à Londres représente un sommet dans la carrière d'Étienne Daho. Trente ans après ses débuts, l'éternel jeune homme mêle son amour de la pop et des orchestrations soignées à son goût pour la soul et les chansons dansantes. Au moment où tout un pan de la scène pop et électro revendique son influence, le chanteur revient sur son riche ­parcours.

LE FIGARO. - Votre album devait sortir au mois de septembre. Il a été reporté pour raisons de santé. Que vous est-il arrivé?

Étienne DAHO. - Je suis incapable de dire non aux sollicitations, alors mon corps l'a fait à ma place. Je suis parti à l'hôpital pour me faire opérer de l'appendicite. J'avais eu plusieurs alertes, et je ne voulais pas que ça me pourrisse la vie en tournée. Je pensais rester hospitalisé deux jours, mais ça s'est aggravé en péritonite. Puis j'ai eu une septicémie. J'ai failli mourir après la première opération. Mais j'ai toujours eu un mental très fort. Et le fait qu'il y ait ce disque m'a maintenu dans l'énergie. Je marchais dans les couloirs à deux à l'heure sous les encouragements des infirmières. J'ai tout fait pour que ma récupération soit rapide.

Il s'agit d'un des disques les plus attendus de votre carrière. Vous percevez que votre statut a changé?

Je me demande même ce qui s'est passé! Je n'ai pas changé, je suis mon parcours, sans trop écouter ce qui se passe autour. Il y a eu des articles qui synthétisaient le fait que j'aie pu influencer des gens assez jeunes, c'est vrai. Ça me fait plaisir d'être devenu une référence, mais je n'y pense pas tout le temps.

Vous avez toujours veillé à rendre hommage à vos aînés vous-même.

C'est pourquoi je suis touché par le ­processus. Si j'arrive à communiquer ce que je fais à un débutant, c'est fantastique. Il m'a toujours paru important de citer mes sources. Mon inspiration est le fruit de ce que j'ai écouté, vu et transformé. Il m'importait d'être cet homme qui partage.

À quoi correspond le titre de l'album?

Je lisais Songs of Innocence de William Blake quand j'étais préadolescent. Et dans la garçonnière que j'ai louée à ­Londres pendant l'enregistrement de l'album, il y avait ce livre, que j'ai relu. Il est proche de ce que je ressentais au quotidien: l'impression de vivre les meilleurs moments de ma vie d'adulte. Cette phase où on prend du plaisir, partout, où rien n'est un effort, y compris pour s'améliorer. Un état de grâce.

À quel moment est-il apparu?

Dès que j'ai commencé à travailler avec Jean-Louis Piérot (réalisateur de l'album, NDLR). Après l'expérience magnifique avec Jeanne Moreau dansLe Condamné à mort de Genet, j'ai produit l'album de Lou Doillon, ce qui m'a pris près d'un an. Et je me suis mis à mon disque dès le ­lendemain. Je voulais faire un album de disco, que je souhaitais intituler «Disco noire». Et j'ai eu envie de retrouver Jean-Louis, que j'avais un peu raté au fil des ans. Il fait partie des musiciens dont chaque suite d'accords m'inspire immédiatement une mélodie. J'avais accumulé des choses qui se sont transformées, il a apporté un côté pop très symphonique. Les chansons se faisaient presque sans nous, de manière très fluide. De vraies expériences.

L'album est une très grosse production. Comment garde-t-on le cap?

Un album à l'étranger, avec beaucoup d'intervenants, c'est une grande aventure. J'entendais ce disque dans ma tête, j'avais le pressentiment de comment il allait être. Je fais confiance à mon intuition. Je sais que je peux m'y fier: elle ne me trompe pas. Dans la vie, je n'ai aucun esprit d'analyse. Mais quand je fais de la musique, je synthétise tout ce qui est en train de se passer, ce que j'ai envie de mettre dans une chanson et ce dont je dois me ­séparer.

Comment avez-vous navigué pour rester créatif depuis trente ans, tout en gardant une image légère?

Je ne suis guidé que par mon intuition, de manière un peu aveugle. J'ai un radar pour aller vers les endroits et les gens qui me conviennent. Je n'ai pas de plan de carrière, les choses peuvent bouger. J'aime bien provoquer des accidents,­justement.

Ce disque représente la somme de vos disques passés. Vous acceptez d'être pleinement vous-même aujourd'hui?

Quand on a écouté les maquettes des deux premières chansons, on s'est dit: «Pourvu qu'on continue comme ça ­jusqu'au bout.» Il y a des moments où on est porté. J'ai eu le sentiment que l'animal que je suis commençait à être ­compris. C'est agréable. J'ai fait une­­ ­carrière longue, pavée de jolies choses et j'ai toujours senti qu'il y avait de l'affection et du respect. Ce dont chaque artiste rêve. Je n'ai pas forcément tendu la main pour qu'on me comprenne. Je n'ai ­jamais saisi l'utilité de me montrer en dehors de la scène, par exemple. C'est assez défaillant chez moi, et c'est vrai que ça n'a pas joué en ma faveur. La ­scène, c'est un endroit que j'ai construit: j'y suis né, j'ai toujours fait des tas de concerts.

Quels souvenirs gardez-vous de vos débuts?

Je n'étais pas du tout prêt. Je me ­souviens d'avoir pris des cachetons pour aller faire une télé, des bêtabloquants. Cela me paraissait insurmontable. ­Heureusement que ça ne s'est pas vu! J'ai toujours eu des détracteurs qui sont d'ailleurs restés les mêmes, mais,­ ­globalement, les gens qui me touchent ont été bienveillants par rapport à ma musique et par rapport à moi. Je n'ai pas besoin de plus.

Chansons de l'innocence retrouvée.  Polydor/Universal Music

(c) Source : Le Figaro