Publié le 09/01/2015

«Il me disait qu'il avait perdu tous ses amis». Dans un message posté sur Facebook, la fille de Renaud, Lola Séchan, a voulu réagir après les événements déroulés à Charlie Hebdo. Bouleversée, elle a quand même tenu à s'adresser à ses abonnés car pour elle «c'est impossible de ne rien dire.» «Ils ont déjà cassé les crayons, je ne tairai pas les mots», ajoute-t-elle.

L'écrivain raconte que son père serait dévasté par cet événement. Proche de l'hebdomadaire, Renaud a ajouté «que les mots étaient inutiles face à cette catastrophe.»

En janvier 1982, dans l'émission Droit de réponse consacrée à l'arrêt de Charlie Hebdo, le chanteur s'était indigné: «Les mecs comme Charlie Hebdo qui crèvent en ce moment, parce qu'ils n'ont pas de pubs, et à cause des connards qui votent à gauche et qui font des procès à Charlie Hebdo. Le seul journal de ma vie qui m'ait fait rire, c'était Charlie Hebdo. Je n'en retrouverai plus jamais un qui me fait marrer.»

Renaud avait ajouté qu'il faisait «partie des connards qui n'achetaient pas [l'hebdomadaire] toutes les semaines», l'achetant «qu'une fois toutes les deux semaines.» Animé par Michel Polac, l'émission qui rassemblait Jean-François Kahn, François Cavanna, Serge Gainsbourg, Pierre Desproges, et le professeur Choron, avait été mouvementée. Mettant en cause la liberté d'expression, Renaud ne comprenait pas qu'un journal comme Minute puisse encore paraître. En 1992, Renaud décide avec Philippe Val, Gébé et Cabu d'investir dans une nouvelle version du journal. Le chanteur revendra ses parts après avoir quitté l'hebdomadaire.

Le message intégral de la fille de Renaud publié avant-hier sur Facebook:

«Il faudrait réussir à se déconnecter des infos et dormir. Mais je n'arrive pas à fermer les yeux sur tout ça ce soir. Je pense aux familles. Aux amis. Au vide de cette première nuit. Alors que je suis bien au chaud chez ma mère, avec ma fille qui dort dans son pyjama en pilou-pilou et qui rêve surement à La reine des foutues neiges. Je pense à mon Papou qui, cet après midi me disait, en larmes, qu'il avait perdu tout ses amis. Que les mots étaient inutiles face à cette «catastrophe». Je vois ma maman pleurer parce qu'elle connaissait la femme de Wolinski et savait à quel point ces deux-là s'aimaient, étaient inséparables. Je repense à mes amis et collègues d'atelier aujourd'hui, consternés, silencieux. En partant à République tout à l'heure, je n'ai pu dire à Héloïse qu'une seule chose: je vais retrouver mes amis dessinateurs. Triste réunion. Elle a semblé comprendre. Alors que moi-même je ne comprends rien. Alors oui, il faudrait réussir à se dévisser la tête et dormir. Mais je n'arrive pas à fermer mes oreilles aux sirènes dans Paris. Et me voila, à écrire des conneries sur un mur virtuel, sans savoir à qui j'écris, ou qui me lira - parce que c'est impossible de ne rien dire, parce qu'ils ont déjà cassé les crayons, je ne tairai pas les mots. Même les mots mélo ou dérisoires. J'aurais tellement souhaité ne pas être Charlie ce soir.»

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(c) Source : Le Figaro