Publié le 05/05/2014

Il n'a jamais arrêté de sortir de nouveaux albums, et ce à une cadence régulière d'environ trois ans entre chaque parution. D'où vient pourtant ce sentiment que le chanteur avait disparu des écrans radars? CharlÉlie Couture n'a pas d'explication précise à donner quant au silence médiatique qui accueillait chacun de ses disques depuis près de quinze ans. Simplement un constat: la télévision ne l'invitait plus, les radios ne diffusaient plus ses titres et la presse écrite lui ouvrait trop rarement ses colonnes.

Pourtant, un public fidèle ne l'a jamais déserté, lui permettant de continuer à remplir les salles bon an mal an. «Mais l'indifférence s'est accumulée peu à peu. Heureusement que j'ai la chance d'avoir une activité à côté qui m'apporte de la satisfaction», explique sans amertume cet , diplômé de l'École des beaux-arts de Nancy, qui a marqué le rock français des années 1980 d'une trace indélébile.

Voici une dizaine d'années, CharlÉlie s'est exilé volontairement à New York. Peu de temps après la mort de son père, il s'est posé avec femme et enfants à Manhattan, où il a ouvert une galerie d'art contemporain. En France, le milieu des arts plastiques lui avait trop souvent fait payer le fait d'être un chanteur populaire. Aux États-Unis, où l'éclectisme a meilleure presse, il a pu écrire une page nouvelle de sa riche existence.

Depuis deux ans, l'homme bénéficie en outre de la double nationalité, après des années de carte verte. «Je n'étais pas parti par dépit, mais par souci de réalisation personnelle», précise l'homme dans un grand sourire qui trahit son bonheur. Une grande rétrospective de son travail de plasticien sera par ailleurs présentée à la fin de l'année dans sa ville natale - une centaine d'œuvres -, manière de boucler la boucle.

Depuis quelques années, un de ses plus grands admirateurs s'employait à rappeler l'auteur-compositeur CharlÉlie Couture au bon souvenir du public. Benjamin Biolay ne manquait pas une occasion de rendre hommage à son aîné, expliquant ce qu'il devait à celui qui le porte en très haute estime. «Dans mon isolement, j'avais entendu une interview où il me citait en référence. Quand j'ai joué au Casino de Paris en 2011, il est venu chanter Jacobi marchait avec moi. Là, j'ai vu qu'il connaissait bien mon travail.»

Au départ, le quadragénaire devait superviser un album de jeunes artistes reprenant les succès de CharlÉlie Couture, une manière de le faire découvrir à une génération qui n'était pas née à l'époque de Comme un avion sans ailes. Le projet n'a pas abouti, et tant mieux, car les deux musiciens avaient mieux à faire que de revisiter le passé. «Quand je suis allé l'écouter chanter l'an passé, je lui ai proposé de réaliser mon prochain album, explique Couture. Benjamin se met en état de danger permanent, il est défoncé à l'adrénaline. Il m'a répondu: “Quand tu veux.”»

Belle complémentarité

Baptisé I'm Mortel (ou Immortel), le fruit de cette collaboration constitue son meilleur album depuis Les Naïves, il y a vingt ans. «Initialement, Benjamin était aussi inquiet que moi. En travaillant avec lui, j'avais l'impression de me présenter nu devant quelqu'un qui m'a toujours vu habillé.» Biolay a prêté son art des arrangements aux compositions de son aîné, ravi de se laisser ainsi bousculer. «Il est beaucoup moins rock-blues que je le suis. En studio, je me suis interdit de le juger. Sur certains titres, il ne voyait pas du tout les choses comme moi. Mais j'avais en tête cette collaboration de Leonard Cohen avec Phil Spector sur Death of a Ladies Men, en 1977.» À cette différence près que Biolay n'avait aucune intention de nuire à Couture, bien au contraire.

Fort de cette collaboration, ce dernier a pu signer son premier contrat avec une multinationale du disque depuis plus de quinze ans. Depuis longtemps introuvable, sa discographie intégrale sera rééditée au moment de la sortie de ce nouvel album studio, le 19e en trente-cinq ans. Premier extrait de l'album, L'Amour au fond donne un bel aperçu de la complémentarité entre les deux collaborateurs. «Il a trouvé un arrangement très intéressant, un truc intelligent et fin.»

Il est temps de redécouvrir l'écriture de ce disciple avoué de Randy Newman, qui avait intitulé son premier album Douze chansons dans la sciure en hommage à l'auteur de Twelve Songs avant de devenir le premier chanteur français signé sur le label Island par Chris Blackwell, découvreur de Bob Marley. Gros succès en 1981, Poèmes rockest devenu un classique de la scène francophone. «Par la suite, les gens du marketing m'avaient mis entre parenthèses, j'étais devenu un produit spécialisé. En faisant ce disque, j'ai nettoyé ces pensées qui m'altéraient. Et puis j'arrive à un âge où on n'a pas les mêmes arrogances.»

En concert le 6 mai à la Gaîté-Lyrique (Paris, IIIe). Immortel, sortie le 15 septembre (Fontana/Universal Music).

(c) Source : Le Figaro