Publié le 10/04/2016

Sous ses atours boudeurs et mélancoliques, on ne la fait pas à Benjamin Biolay. Pas même Henri Salvador. C'est ce que révèle une enquête de l'Obs consacré à Biolay, le patron, qui décortique la carrière du chanteur et son influence au sein de la vie musicale française. La journaliste Sophie Delassein y revient sur les rapports houleux entre Benjamin Biolay et le jazzman qu'il avait remis sur les rails en 2000 grâce à l'album Chambre avec vue, cosigné avec Keren Ann.

Seize ans plus tard, la pilule n'est toujours pas passée. Avant même la sortie de son premier album, Rose Kennedy, en 2001, tout le monde s'arrache déjà les talents de Benjamin Biolay. Après les succès des albums La Biographie de Luka Philipsen de Keren Ann et Mieux qu'ici-bas d'Isabelle Boulay, le chanteur se met à écrire et à composer pour Henri Salvador, en compagnie de Keren Ann. En résulte le disque Chambre avec vue, qui signe le retour en grâce du jazzman et obtient la Victoire de la musique de «l'album variétés de l'année» en 2001. Henri Salvador reçoit également la Victoire de «l'artiste masculin de l'année».

Keren Ann et Benjamin Biolay au côté d'Henri Salvador aux Victoires de la musique, en 2001.

Keren Ann et Benjamin Biolay au côté d'Henri Salvador aux Victoires de la musique, en 2001. Crédits photo :

Mais Benjamin Biolay n'assiste pas à cette nouvelle éclosion de l'interprète de Juanita banana, enfermé qu'il est dans son studio pour enregistrer son premier album. Ce n'est qu'en remettant le pied dehors qu'il hume l'air des ragots. Il constate alors que depuis la sortie de Chambre avec vue, Henri Salvador chante à qui veut l'entendre les louanges de Keren Ann, mais descend «ce petit con de Biolay». Le sang du chanteur ne fait qu'un tour.

«On cosignait tout avec Keren Ann, mais je faisais l'essentiel du travail. Grâce à moi [Henri Salvador] a renoué durablement avec le succès, mais au lieu de me remercier, il m'a cassé les couilles», ressasse encore aujourd'hui Benjamin Biolay. Ni une, ni deux, il ne se laisse pas faire, même face à plus grand que lui dans la chanson française. «J'ai répliqué en le traitant de gros connard. Je savais que les gens se demanderaient qui était ce merdeux qui insultait Salvador. Mais c'était le seul moyen de faire comprendre que si je pouvais me le permettre, c'est que j'étais l'auteur des chansons.» Un mal pour un bien explique-t-il: «Et puis je me suis fait des amis dans la profession: personne ne pouvait le blairer.»

Benjamin Biolay prend alors du galon. Le nombre d'artistes se bousculant à son portillon après cet épisode grossit: Stefan Eicher, Julien Clerc, Françoise Hardy, Juliette Gréco côté grosses pointures, mais aussi Raphael, Élodie Frégé ou Daphné côté débutants. Benjamin Biolay devient incontournable. Rose Kennedy récolte un succès d'estime puis c'est avec La Superbe, en 2009, qu'il rencontre un véritable succès public, avec plus de 300.000 exemplaires vendus et deux Victoires de la musique à la clé. Sur le haut du podium, Benjamin Biolay est donc très attendu pour son prochain album solo, Palermo Hollywood, prévu pour le 22 avril.

(c) Source : Le Figaro