Publié le 16/12/2014

Source Figaroscope

Bientôt vingt-cinq ans qu'Arthur H est un des explorateurs les plus passionnants de la scène française. Son dernier album, Soleil dedans (Polydor/Universal Music), un de ses meilleurs, lui a récemment valu d'être couronné par le prix de l'Académie Charles Cros. «Je prends cela comme un encouragement», nous explique le chanteur. «Ça me fait plaisir d'être écouté et entendu par des gens de qualité.» Il nous semble que cet artiste trop singulier pour être enfermé dans une case n'a jamais été aussi bien compris. Comme si les différents fils de la toile qu'il a tissée d'album en album composaient aujourd'hui un autoportrait aussi saisissant que cohérent. «Je suis un travailleur», dit-il. «Je creuse tellement que je ne me rends pas compte lorsque je trouve un filon d'or.» Arthur H a fait de la remise en question permanente sa seule feuille de route, au risque de décontenancer, parfois.

C'est souvent sur scène qu'il a été le plus lisible, et cette nouvelle tournée - qui se poursuivra jusqu'à la fin 2015 - ne fait pas exception. «Je suis retourné à mes premières amours théâtrales, lorsque je jouais avec Brad Scott et qu'on mettait en scène les chansons. On essaie de fabriquer des petits moments merveilleux, en perdant les repères de l'habitude.» Entouré d'un groupe subtil, il s'autorise même à quitter le piano pour mieux faire briller son costume de scène lumineux. «On a inventé une veste commandée à distance par l'éclairagiste: je suis enfin devenu un être de lumière!», s'exclame-t-il.

«Le diable, c'est l'ennui»

Infatigable, Arthur H reste farouche disciple de l'adage de Peter Brook, «le Diable, c'est l'ennui». Pour l'éviter, l'homme ménage des cassures de rythme fréquentes au sein de ses spectacles. «J'ai toujours veillé à proposer des variétés, à alterner entre moments de cabaret, de comédie, passages très rock ou très festifs, parfois fragiles.» Une palette large qui permet au chanteur de revisiter quelques pièces plus anciennes de son répertoire au gré de l'humeur. «Certaines chansons ressurgissent, elles retrouvent leur jeunesse après avoir passé des années au placard.» C'est le cas de La Lune, perle de son premier disque. «Celle-là, je voulais plus la chanter. Elle bénéficie aujourd'hui d'une nouvelle existence.»

Parolier singulier, Arthur H se consacre, parallèlement à l'écriture de chansons, à la poésie. Il publiera un premier recueil intitulé Le Cauchemar merveilleux en mai prochain chez Actes Sud. Ces dernières années, il a fréquenté les écrits de Prévert et d'Apollinaire à la faveur de projets artistiques variés. Ce qui ne l'empêche pas d'utiliser des formes simples et directes dans l'écriture de ses chansons. «En France, à cause du fantasme Gainsbourg ou Bashung, l'écriture simple n'est pas toujours bien vue.» Sur son dernier album, La Fille du Super explore cette veine dans laquelle les sonorités des mots priment sur leur sens. «J'ai toujours eu des morceaux un peu idiots, à l'écriture très rythmique. C'est ce que j'appréciais chez Nino Ferrer: ce côté insolent et absurde. Une chanson comme Mao et moimarche encore aujourd'hui, parce qu'elle oppose l'humour à l'esprit de sérieux des militants maoïstes.»

Casino de Paris, 16, rue de Clichy (IXe). Tél.: 08 926 98 926. Date: le 17 décembre à 19h30. Places: de 35 à 55€.

(c) Source : Le Figaro