Publié le 28/06/2016

Pour les amateurs du Paris secret, c'est un endroit à découvrir. Au 7 rue Pierre-Fontaine, il faut passer sous un immeuble pour trouver L'Orphée, un bar caché de Pigalle. C'est là que Slimane, le récent vainqueur de The Voice, s'est produit pendant des années et y fit ses armes, seul au piano, parfois devant seulement quelques convives. Un inconnu alors, jusqu'au coup de tonnerre de son récent succès à l'émission de télé. Et, même si on ne raffole pas de ce genre de télé-crochet, la nomination de cet auteur, compositeur et interprète au parcours atypique a quelque chose de réconfortant.

«Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.» Ce trait de Boileau, Slimane l'avait fait sien bien avant de se lancer au piano des bars. À 10 ans déjà, il voulait être chanteur. Adolescent, il écrivait ses textes «sans chercher à faire beau», fredonnant ses premières idées jusqu'à l'achat décisif il y a quatre ans d'un piano, «un vieux synthé auquel je suis très attaché ; quand il n'y avait rien d'autre, il était là».

Faune bruyante et mouvante des bars

Et pourtant ce concours, il y allait au départ «non pas pour gagner, mais pour faire vivre [mes] chansons». À peine le prix en poche, Slimane sort un album qui porte son nom (le 8 juillet chez Mercury/Universal). «Cela fait dix ans que je le prépare», précise-t-il quand on s'étonne d'une sortie si rapide. Une tournée suivra, pour laquelle il a souhaité que les spectateurs soient assis et… placés. Exigence compréhensible pour un jeune homme qui a toujours chanté pour la faune bruyante et mouvante des bars. «Je viens d'une école où l'on chante devant trois personnes à 2 heures du matin», raconte-t-il.

Parlant presque à voix basse, son éternel bonnet sur la tête, il se confie volontiers, avec honnêteté, et apprécie qu'on dise qu'il fait de la «chanson française car, dit-il, chanter, ce n'est pas uniquement “faire du son”, c'est partager quelque chose». Ce timide solitaire, la voix bien posée dans les graves mais à l'aise dans les aigus, possède déjà un sacré métier, au point même de paraître plus à l'aise à la scène qu'à la ville. «Écrire des chansons, c'est ma vie. Ai-je fait le bon choix de vie? Je le pense, même si en musique, malgré le travail et les résultats obtenus, on n'est jamais sûr de rien.» Pour son nouveau récital, il s'accompagne de deux musiciens en première partie et poursuit le concert seul au piano, dans une atmosphère plus intimiste. Celle qui lui va le mieux.

(c) Source : Le Figaro